Une culture scientifique à l’école ?

mardi 17 février 2004
par  Jean-Claude ROLLAND
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Comprendre le monde qui nous entoure, tenter d’expliquer ces phénomènes mystérieux, agir sur les objets, la matière, les étudier pour tenter de les comprendre sont les enjeux des sciences et de la technologie.
Former les élèves à un esprit scientifique, aux questionnements et aux démarches d’investigation, exploiter leur soif de découverte sont nos missions d’enseignants.
Nous devrions accueillir au collège des élèves qui ont appris les sciences en les pratiquant, qui ont développé des aptitudes à raisonner et des capacités à échanger de manière argumentée avec les autres, qui ont préservé une certaine curiosité et cultivé diverses formes d’intelligence qui font la richesse de chaque personnalité. [1]

Ces enjeux sont compris et pourtant ce domaine me paraît négligé à l’école.
Pourquoi ?

- Est-ce le fait que peu d’instituteurs ou professeurs d’école de formation scientifique soient face aux élèves ? Cette tendance s’est-elle inversée depuis le recrutement au niveau Licence ?
- Peut-être pense-t-on qu’une formation solide soit nécessaire pour enseigner les sciences à l’école ?
- Nos représentations de l’enseignement des sciences sont-elles basées sur notre vécu : acquisitions de connaissances ardues et résolutions de problèmes trop complexes ?
- Le programme au cycle 3 est-il trop lourd ? Trop de notions, de concepts difficiles ?

Les sciences et la technologie font partie de la "culture". En quoi cet enseignement et cette formation sont-ils un enjeu culturel important ?
[l’enseignement des sciences et de la technologie] prépare [les élèves] à s’orienter plus librement dans des sociétés où les objets techniques jouent un rôle majeur. [2]

Si l’enseignement technologie à l’école est longtemps resté ce qu’on appelait les activités manuelles et que les activités proposées, peut-être est-ce là une caricature, se limitaient à la production d’objets et à une formation du futur ouvrier, aujourd’hui cette formation est essentielle.
En effet, en ce 21ème siècle, nos élèves sont entourés d’objets manufacturés complexes que la publicité et les médias vantent. Démonter, réparer un ordinateur et essayer d’y voir clair est autrement plus obscur qu’observer le fonctionnement d’une lampe de poche ou un réveil.
Il me paraît évident que, outre le fait que cet enseignement apporte à nos élèves démarches et méthodes, il amène à se détacher des explications simples et évidentes au premier abord, à se questionner, au désir d’en savoir plus, démarches essentielles à l’éducation et à la formation de l’élève citoyen.
C’est là une démarche personnelle de recherches d’informations par l’élève, une recherche de lucidité.


[1Rénover l’enseignement des sciences, de l’école à l’université
Discours de Jack Lang, ministre de l’Education nationale prononcé lors du séminaire du programme national de pilotage
25 mars 2002

[2Programmes 2002


Commentaires  forum ferme

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> Quelle formation initiale ?
mercredi 21 avril 2004 à 23h56 - par  Alain Izzet

Parmi les reçus au concours externe de recrutement des Professeurs des écoles, 40 % sont diplômés en sciences humaines ou sociales, 40 % en littérature ou en arts, 15 % en sciences et 5 % en EPS.

75% ont un diplôme équivalent à Bac+3 ou plus.

> Une culture scientifique à l’école ?
mercredi 21 avril 2004 à 01h59

Tu le sais, nous en avons déjà parlé ensemble, je pense comme toi que l’on ne fait pas assez de sciences à l’école.
Pourtant, pour t’accompagner dans le lancement de ce débat, je voudrais rapporter ici quelques propos de collègues :
- On n’a pas le temps, les élèves ont trop de difficultés en français pour trouver le temps de faire des sciences ;
- On n’a pas le matériel nécessaire, pas de salle dédiée non plus ;
- les programmes sont trop flous, on ne sait pas où sont les priorités.

J’ai entendu d’autres choses encore, mais je me limiterai aujourd’hui à répondre à ma façon à ces trois points :
- Si l’on a tant de mal, bien souvent, à enseigner la langue en classe, si cela est tellement laborieux, long, c’est que bien souvent cet enseignement n’est pas fait comme il devrait l’être. Une langue, c’est vivant, c’est utile, ça sert à dire des choses. Faire de l’enseignement de la langue sans situations concrètes n’a pas de sens. Or justement, l’enseignement des sciences (comme de l’histoire ou de la géographie) est une excellente façon de travailler la langue : lire des documents, en chercher d’autres (dans un dictionnaire ? une encyclopédie ? en BCD ? comme en "français" !), prendre des notes, écrire un résumé, faire un dossier de compte-rendu... Autant de situations où l’on enrichira son vocabulaire, où l’on pourra travailler les accords, les temps, l’orthographe... Les programmes 2002, et notamment les tableaux "parler, lire, écrire" dans toutes les disciplines (pages 173 à 176) sont là pour aider les collègues ; la brochure lire et écrire au cycle 3 (doc. d’accompagnement des programmes) aussi.
- Effectivement, il n’y a pas de salle dédiée dans les écoles tandis que les collèges ont bien une ou deux salles de sciences. Mais est-ce absolument nécessaire ? Faire de la peinture aussi nécessite de l’eau, une installation, un équipement... Non ! tout cela me semble être de faux arguments. Par contre, la question du matériel me semble plus intéressante : faire des sciences avec trois bouts de ficelle (selon l’expression consacrée) n’est à la portée que de celui(celle) qui possède déjà suffisamment les objectifs à atteindre dans l’enseignement des sciences ET les notions scientifiques qui peuvent être mises en jeu. Prenons un exemple : j’ai deux verres, l’un rempli d’eau à température ambiante, l’autre de glaçons. La condensation de vapeur à l’extérieur du verre permet de mettre en évidence la vapeur d’eau contenue dans l’air. Mais comment amener l’expérience ? La notion est-elle au programme ? Quelles connaissances doivent acquérir les élèves ? Pourquoi l’eau se condense-t-elle à l’extérieur du verre et pas directement sur les glaçons ? Dois-je donner deux verres à chaque élève ? Que se passerait-il si je mettais de l’eau fraîche ? Pourquoi ce phénomène est-il davantage fréquent l’été que l’hiver, même si l’on se trouve dans une pièce à la même température ? Telles sont quelques unes des questions que se poseraient les collègues face à cette situation.
- Effectivement, l’équipe de circonscription a à aider, accompagner, conseiller, expliquer.

Bien cerner les différents domaines des sciences : sciences expérimentales, sciences de la vie, technologie. Dans les unes, on tente de cerner un phénomène, on tente de ne plus avoir qu’un seul paramètre variable, et on observe ce qui diffère quand on le fait varier (la température du contenu du verre dans l’exemple précédent) on observe, on note, on relève, on mesure, on se documente, on déduit. Dans les sciences du vivant aussi, on observe, on note, on relève, on mesure, on se documente, on déduit... Enfin, en technologie, on expérimente, on tente, on fait, on manipule, on déduit... Partout, on écrit, on tente de comprendre, on lit, et on produit un texte après avoir échangé avec les autres élèves.

Alain Izzet