Le Pensionnat de Chavagnes - Jeudi 20h50 - M6

Ou comment faire de l’argent en encourageant les fausses idées sur l’école...
jeudi 2 septembre 2004
par  Alain Izzet
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Chaque jeudi pendant cinq semaines, M6 va diffuser "Le Pensionnat de Chavagnes", une émission qui prétend faire vivre à des adolescents d’aujourd’hui l’école des années 1950. Objectif officiel : voir s’ils sont capables, ou non, de décrocher le certificat d’études de leurs grands-parents.

Certes, les problèmes de discipline sont différents aujourd’hui, et c’est probablement ce qu’on verra le plus facilement dans l’émission. Mais en situant l’action dans un pensionnat, donc coupé du reste du monde, n’oublie-t-on pas que tous les rapports sociaux sont aujourd’hui différents de ce qu’ils étaient en 1950 ? Vous, parents, quels droits syndicaux auriez-vous eu dans votre entreprise à l’époque ? Y avait-il par exemple des délégués syndicaux avec les protections juridiques actuelles ?

Mais le plus important, pour nous enseignants, ce sont les apprentissages. Mais lesquels ? Et dans quel but ?

Le Monde, qui présente l’émission, prend comme exemple le nom de la femme de Louis XVI... Certes, il est inadmissible que la culture générale des élèves leur fasse dire « Mona Lisa ». Mais à l’inverse, quelles compétences en matière de lecture de documents historiques avaient ces élèves si regrettés ? En avaient-ils au moins lu un seul ? Apprenaient-ils, à seize ans (l’âge des lycéens de l’émission) à comparer deux textes historiques ? Ou même à les analyser ?

Au delà de ces rappels, ce type d’émission ne peut conduire qu’à laisser croire que l’école d’aujourd’hui enseigne moins et moins bien que celle d’il y a cinquante ans. Alors qu’il y a aujourd’hui nettement plus d’illétrés parmi les plus de cinquante ans (qui étaient donc à l’école élémentaire dans les années 50) que parmi les 20-30 ans par exemple (scolarisés en primaire dans les années 75-85) !

Non ! cette émission ne mesure en réalité qu’une seule chose : l’adaptabilité des jeunes d’aujourd’hui à un système différent de celui de notre époque. Et là, le fait que 50% d’entre-eux réussissent à s’adapter n’est finalement pas un si mauvais résultat.

PS : Pour mieux réfléchir sur l’enseignement, je vous recommande la lecture de ce très court article.