Education : de l’idéologie

jeudi 14 octobre 2004
par  Y.Trigance
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Surfant sur une vague médiatique qui remet au goût du jour l’autorité version années 50, le ministre de l’éducation nationale, conscient du lien qui unit insécurité sociale et autorité, s’est engagé dans une campagne dont l’objectif consiste avant tout à décrédibiliser l’Ecole et ses enseignants pour mieux affaiblir le service public de l’Education nationale.
Le rapport Thélot qui vient d’être publié constitue en ce sens et pour partie un point d’appui aux objectifs affichés par le gouvernement.

Trois exemples en témoignent.
- Notre ministre déplore sans cesse la « dissolution des repères moraux et civiques » dont les enseignants seraient responsables. Qu’il se rende dans les établissements scolaires pour mesurer à quel point les enseignants s’attachent au quotidien, sous des formes multiples et parfois dans des conditions extrêmement difficiles, à mettre en œuvre ce « vivre-ensemble » essentiel quant à l’apprentissage de la citoyenneté. Invoquer une pseudo-disparition de l’autorité en milieu scolaire, c’est injustement disqualifier les enseignants au moment où diminue le nombre d’enseignants et ne remplace pas la totalité des postes d’aide-éducateurs qu’il a supprimés.
- Le ministre fixe comme objectif « 100% d’élèves obtenant une qualification plutôt que 80% d’une classe d’âge au bac ». Il y a là non seulement d’une baisse du niveau d’exigence mais au-delà, il s’agit d’écarter les élèves des milieux les plus défavorisés en remettant au goût du jour l’orientation dès la classe de seconde qui ne serait plus indifférenciée : curieuse manière de lutter contre l’échec scolaire.
- Le rapport propose la définition d’un socle commun organisé autour du français, des mathématiques, de l’informatique et de l’anglais : l’histoire, la géographie, les sciences et les arts sont relégués au rang d’enseignements non indispensables. Cette conception étroite des domaines d’enseignements renvoie aux récents propos du ministre pour qui le « lire, écrire, compter » doit être l’objectif central de l’Ecole.
Cette vision réductrice de l’enseignement ignore totalement le caractère transversal des domaines d’enseignements : on peut en effet développer ses capacités de lecture et d’écriture à partir de documents historiques ou scientifiques.
Au bout du compte, non seulement notre ministre -tout comme le rapport Thélot- n’avance aucune piste en termes de méthodes pédagogiques d’enseignements mais de surcroît le budget 2005 de l’Education nationale présenté par le gouvernement affaiblit davantage les capacités de l’Ecole à répondre à sa mission première : la réussite scolaire pour tous les élèves.