Dans la presse : octobre 2004
Rapport Thélot.

lundi 18 octobre 2004
par  Jean-Claude ROLLAND
popularité : 2%

Le rapport de la commission présidée par Claude Thélot est paru mardi 12 octobre : 8 programmes préconisés dans une synthèse pour "l’école du futur".


- 1. Durant la scolarité obligatoire, s’assurer que chaque élève maîtrise le socle commun des indispensables et trouve sa voie de réussite
- 2. Au lycée, pour motiver les élèves, définir des séries plus typées, et mieux valoriser certaines d’entre elles
- 3. Aider les collégiens à construire un projet éclairé et le respecter le mieux possible
- 4. Favoriser la mixité sociale
- 5. Renforcer la capacité d’action et la responsabilité des établissements scolaires
- 6. Dans l’équipe éducative, redéfinir le métier d’enseignant
- 7. Construire une éducation concertée avec les parents au service de la réussite de l’élève
- 8. Former avec des partenaires : élus, associations, entreprises, médias, services médicaux et sociaux, police et justice

Il était attendu ce rapport ... Un peu cher cependant, environ 10 milliards d’euros ! Ce grand débat avait, rappelez-vous, mobilisé pendant quelques temps les énergies des enseignants, des équipes de circonscription, des collèges, des lycées, des collectivités territoriales, ... 26 000 réunions, un million de participants, des forums sur le net, etc. ... Au sortir de ce débat, une évidence : les enseignants et les parents veulent la même chose : que les enfants réussissent !

Quant au rapport Thélot, que dit-il ? Que veut-on lui faire dire ? Que lui fera-t-on dire ?

Depuis septembre, quelques vagues sur lesquelles chacun surfe : la sempiternelle lutte entre « les pédagos » et « les Républicains », l’autorité, le « socle commun », « les fondamentaux » ...

Publié en avril dernier, le livre de Marc Le Bris « Et vos enfants ne sauront pas lire ni compter » est devenu le livre de chevet de notre ministre. L’école est en faillite !!!
Dans un article de Libération du 12 octobre, Roland Goigoux, chercheur sur l’enseignement, interrogé par E. Davidenkoff déconseille ce livre aux parents ! En effet, M. Le Bris, enseignant et directeur d’école à Médréac, en Bretagne, dénonce cette fameuse « méthode globale » tellement utilisée en France, et ayant fait affirme-t-il tellement de ravages. Or, rétorque Roland Goigoux, et on le sait quand on observe ce qui se pratique dans les classes, les manuels les plus utilisés sont Gaffi et Ratus, et des méthodes dites mixtes.
M. Le Bris, membre de l’association Sauver les lettres, affirme encore qu’on ne redouble plus en primaire. Faux ! Un peu moins de 20 % des élèves de CM2 ont redoublé au moins une fois à l’école élémentaire et les 2/3 des élèves auront redoublé pendant leur scolarité.
Quant aux méthodes que dénoncent M. Le Bris et son acolyte Rachel Boutonnet également membre de « sauver les lettres » , le fait que des orientations nationales ont voulu faire évoluer les pratiques dites magistrales ou frontales, et c’est ce qui va créer le fossé entre « les pédagos » et « les Républicains », la reconnaissance de méthodes « novatrices » et « nouvelles » (Freinet qui introduit l’imprimerie en 1924 (tiens, c’est pas nouveau ?) dans sa classe) font dire à Roland Goigoux que « la pédagogie est saturée d’idéologie ».

Alors ce rapport ? Un rapport de pédagos ou un rapport de Républicains ?
Il devient, de manière surprenante la cible des Républicains : en effet Alain Finkielkraut et Elisabeth Altschull, ont quitté la commission, dénonçant son atmosphère insupportable. Les autres membres seraient-ils des pédagos ?
Ce débat lancé depuis « la lettre à ceux qui aiment l’école » de Ferry semble stérile et vide de sens. On peut être Républicain empreint de pédagogie et être un pédagogue se battant pour les valeurs que porte la République.

Par ailleurs, dans un article du Figaro du 15 octobre, Charles Coutel, professeur de philo et auteur de « Que vive l’école républicaine », Éditions Textuel, 1999, un « vibrant plaidoyer pour une restauration de l’école dans sa fonction originelle » dixit « sauver les lettres » et Bernard Kuntz, président du syndicat national des lycées et collèges auteur de « Les déshérités du savoir » dénoncent ce rapport comme étant « un complot contre l’école de la République ».
Ils soulignent que la notion de « socle commun » limiterait les exigences propres à l’école et reporterait à la fin du collège les exigences qui étaient celles du certif. Ah M6 !!! Merci. Tu as réussi à fournir des argumentaires aux détracteurs de l’école des pédagos.
Ils affirment également que le rapport Thélot prend le risque de désinstituer l’école républicaine en jetant le discrédit sur le savoir, que l’assimilation des comportements et des compétences au savoir relève de la supercherie pédagogique et ils concluent en affirmant que ce rapport est un détournement de consultation nationale et une supercherie.

Tout part en lambeaux, c’est pas la faute à Rousseau
C’est la faute à Mérieu et à la commission Thélot
Ils ont changé l’école, les instits en pédagos.
Les élèves en apprenants. On n’y apprend rien. Tout cela n’est pas bien beau.

François Fillon réserve donc un accueil plutôt froid à ce rapport et il affirme dans un autre article du Figaro "Le gouvernement est libre vis-àvis du rapport Thélot".
Les membres de la commission Thélot seraient-ils de dangereux pédagos gauchistes ?