Réflexions sur l’enseignement de la shoah à l’école

dimanche 6 février 2005
par  Jean-Claude ROLLAND
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Pourquoi enseigner la déportation et la Shoah à l’école élémentaire à des enfants de 10 ans ?
Quelques réflexions en vrac ...
A l’occasion du 60ème anniversaire de la Libération du camp de la Mort d’Auschwitz, à l’occasion de la journée nationale du souvenir des victimes et héros de la déportation on est tenté peut-être à cause du pilonnage médiatique de passer du « plus jamais ça » au « Encore ! ». Mais encore quoi ? Encore parler des camps ? Encore parler des Juifs ? Encore enseigner la déportation à nos élèves ? Mais l’a-t-on fait ? Le fait-on suffisamment ?
C’est une question que je me suis posée longtemps, trop longtemps ... je retardais chaque année ce moment. Le programme est trop lourd, disais-je...
Lorsque nous abordions le 20ème siècle, c’était bien souvent en mai ou juin, je m’attardais sur la première guerre mondiale, la colonisation, et, ce faisant je renforçais peut-être ici ou là un sentiment anti-français chez certains de mes élèves, nous évoquions la guerre d’Algérie, la décolonisation... Un sentiment honteux grandissait chez moi d’année en année : d’abord, je ne respectais pas le programme, mais c’était là le moindre de mes conflits intérieurs, mais surtout je pensais que je manquais à ma mission d’éducateur et d’enseignant.

D’autant que mes origines personnelles compliquaient ces conflits : qu’allais-je induire en abordant le génocide ? En effet, ma famille maternelle algérienne et juive ayant vécu depuis très longtemps au Maghreb (patronymes à consonance arabe) est rapatriée d’Algérie en 1962. Ayant été élevé dans un sionisme de tradition avec lequel j’ai pris depuis mon adolescence une certaine distance, ayant passé quelques séjours dans des colos juives sionistes pendant lesquelles on m’avait placé de manière un peu brusque devant « Nuit et Brouillard » d’Alain Resnais ou encore pendant lesquels on reconstituait « la cage de verre », le procès d’Eichmann, je craignais un engagement trop personnel d’autant que mes parents, frères et sœurs ont émigré en Israël en 1987. Pour en finir avec mes origines, ma famille paternelle française d’origine alsacienne, non juive, a vu quelques-uns de ses membres déportés à Birkenau pour des raisons que je connais mal, politiques ou fuite du STO sans doute ...

Plusieurs faits et évènements ont ensuite contribué à ma confusion (ma judéité, mes rapports avec Israël, mes opinions politiques, mon devoir d’enseignant, ...) et à celle de mes élèves (amalgames entre Juifs et Israéliens, projection et identification au peuple palestinien ou irakien, ...) :

- L’occupation des territoires palestiniens par Israël
- La guerre du golfe en 1990 et les réactions de certains de mes élèves lorsque l’Irak envoyait quelques Scuds sur Israël
- Les propos anti-sémites du front national et d’autres
- Les différentes Intifadas et le positionnement des élèves dans ces conflits
- La politique d’Israël de colonisation puis de séparation voire de ségrégation
- Les attentats terroristes contre des civils en Israël
- La mort télévisée du jeune palestinien Mohamed A-Dura
- Les assassinats ciblés de Palestiniens par l’armée israélienne
Il était donc nécessaire que je fasse le tri et que trouve enfin un positionnement d’enseignant de l’Ecole Républicaine française ! Et là ce sont mes élèves qui m’y ont aidé :
La mort violente et inacceptable de Mohamed A-Dura, filmée en direct et largement diffusé en France a amené quelques-uns de mes élèves à un amalgame dangereux : Soldat israélien ↔ assassin ; Israélien ↔ Juif ; Mohamed ↔ palestinien ; Palestinien ↔ Arabe ; donc « les Juifs qui détestent les Arabes sont des assassins, et donc les Juifs sont dangereux. »
Quelles images et représentations pouvaient-ils avoir des Juifs en général et des Juifs d’Europe en particulier, que pouvaient ressentir mes quelques élèves juifs dans la classe ?

Là encore, je fus gêné aux entournures ... Comment lutter contre cet antisémitisme naissant ? Leur apprendre qui sont les Juifs m’amènerait, je le savais à parler du génocide et avais-je le droit de m’en servir pour lutter contre ce racisme latent ? Une tragédie de l’histoire - syndrome de l’enfant battu, pensai-je ...- ne saurait justifier des actes violents et inacceptables.

Le vingtième siècle ! Trop proche, trop violent, trop ancré dans nos histoires personnelles ... quel recul peut-on avoir ? Qu’il est confortable, aisé, facile d’aborder la préhistoire ou les châteaux forts et leur architecture, alors, attardons-nous sur ces périodes et, inconsciemment ou non évitons le Vingtième.
La réponse, c’est l’Ecole qui l’apporte : « faire, à travers une approche disciplinaire historique », comme le demande les programmes scolaires, « acquérir en même temps des références culturelles, à réinvestir dans les autres domaines, contribuant ainsi à la constitution d’une culture scolaire partagée. Par la connaissance du passé enfin, l’élève comprendra mieux le présent. »

La violence du Vingtième siècle, les crimes contre l’humanité, les guerres ... Tuer un enfant, c’est inhumain. Le racisme amène à des actes inhumains. Le génocide juif est une abomination ... Sur le fond, la question que je voulais aborder avec eux c’est un sujet du Bac Philo : " En quel sens peut-on dire d’un acte qu’il est inhumain ? ", qu’est-ce qui peut amener à des actes inhumains ?
Jean Chesneaux, que je lisais alors, dans « Du passé, faisons table rase. (Maspero, 1976) m’apportait quelques réponses : je devais enfin faire de l’histoire !
« Alors que le rapport passé -> présent est fondé sur le silence, l’occultation, le cloisonnement, le non-dit, le rapport inverse présent -> passé, doit être explicité, dit au grand jour, et donc politisé. Inverser le rapport passé-présent, c’est aussi, bien souvent, inverser les signes, renverser les conventions courantes sur la signification et la portée de tel fait. »
C’est en partie la méconnaissance de l’Autre, de son histoire, de ses origines, de son passé qui créent les quiproquos, les amalgames, les idées reçues, les xénophobies, les racismes. D’autre part la connaissance des idéologies du 20ème, déterminisme, eugénisme, théories de l’évolution de l’espèce humaine, nationalismes, ... me paraissait être pour mes élèves des notions difficiles à appréhender

« C’est arrivé et tout cela peut arriver de nouveau, c’est le noyau de ce que nous avons à dire. » Primo Lévi ne voyait dans les camps nazis ni un simple accident de parcours de l’histoire, ni le produit de la barbarie, mais au contraire un événement exemplaire à la fois humain et moderne.

Eveiller l’esprit critique et favoriser la réflexion en s’appuyant sur l’enseignement de l’histoire dans nos classes deviennent alors mes objectifs. Le génocide juif a ceci de particulier qu’il visait pour les Nazis non seulement l’extermination systématique et raisonnée d’un peuple mais aussi la disparition de sa culture et son histoire. C’est une remise en cause des fondements de la civilisation.
Je voulais amener mes élèves à réfléchir sur l’exercice du pouvoir mais aussi sur la responsabilité de tous face aux violations des droits de l’homme, à réfléchir à l’abus d’un système militaire et administratif d’une nation moderne, à se questionner sur les silences, les indifférences, les préjugés et aux éléments dangereux pour les démocraties.

Les écueils et les omissions, les travers et les erreurs, les représentations et les idées fausses me faisaient craindre d’aborder le sujet avec les élèves.

Georges Bensousan, professeur d’histoire, auteur de plusieurs ouvrages sur la Shoah présentait dans une conférence ces écueils :

- L’antisémitisme ne suffit pas à rendre compte de la complexité du génocide : dès 1900 un discours scientifique empreint des travaux de Darwin amène à une vision biologique de la société, l’eugénisme qui réclame l’élimination des « nuisibles », malades, handicapés, homosexuels, Tziganes et Juifs.

- Comprendre, ce n’est pas absoudre. Les enseignants que nous sommes doivent en être convaincus. La compréhension de la shoah évitera le mysticisme, cette simple idée du Bien et du Mal qui expliquerait ces horreurs. En 1945, ce n’est pas la victoire des forces du Bien contre celles du Mal.

- Il est nécessaire d’intégrer la Shoah dans l’histoire de l’Europe. Il y a des signes précurseurs, des précédents, ne serait-ce que l’Arménie, mais aussi les silences des pays européens et des USA.

- Les morts dans les camps sont morts pour rien. Ils ne sont pas morts pour l’humanité, pas morts pour les droits de l’homme, ni morts pour la création d’un état juif. Evitons la leçon de morale.
Bensousan continue en prévenant quelques écueils de cet enseignement :

- Attention au vocabulaire : extermination : on n’extermine pas des hommes, mais des poux, des rats, des insectes ... Ce terme est un terme du vocabulaire nazi. On évite, comme dans le film d’Alain Resnais l’utilisation du mot « Juif », par pudeur ? Par crainte des réactions ?

- Attention à la chronologie. La Shoah s’est déroulé dans un temps court, ce qui a empêché les réactions de la population juive. On pense que cela s’est déroulé sur 6 ans (39-45) voire plus si on prend comme base le premier camp de concentration dans les années 30. Or, la solution finale s’en mise en place en quelques semaines et la majorité des victimes a péri en 18 mois, du printemps 42 à l’automne 43.

- Attention aux idées reçues :
La passivité du peuple juif. Rapidité de la mise en œuvre de la solution finale. Enfermement et épuisement physique et moral dans le ghetto de Varsovie par exemple. C’est une population brisée qui est envoyée dans les camps de la mort. La déportation n’y est tentée qu’en 1942. L’arbitraire est la loi.
Autre idée reçue : les Juifs ont toujours été persécutés. C’est là perdre de vue l’importance de la culture juive en Europe, les différents mouvements juifs tel le sionisme, le Bund, ...De même, les Juifs d’Europe ne constituent pas une communauté, c’est un fantasme anti-sémite d’un peuple organisé et complotant.
Encore, la « collaboration » des Kapos juifs, de la police juive de Varsovie, ... Tout serait blanc ou noir ?

- Attention aux raccourcis : Israël est né de la culpabilité de l’Europe et de sa mauvaise conscience. Le génocide a brisé le sionisme, politiquement, démographiquement. La communauté juive de Palestine ne pouvait rien faire. Les cadres du sionisme sont morts dans les camps.

En quoi, la Shoah constitue une rupture dans l’histoire des hommes ? C’est le seul massacre de l’histoire pour lequel les assassins sont allés chercher les victimes et ce hors de leurs frontières même, et les ont déportés sur le lieu de leur massacre de manière industrielle. Sans l’Etat, encore, pas de politique génocidaire : c’est d’abord un simple mot sur un papier d’identité, une fiche, une liste qui créent un camp de concentration.

Faire avec nos élèves des comparaisons, des analogies : l’esclavage, les indiens d’Amérique du Nord, le Goulag, le génocide tutsi au Rwanda ... c’est aider à comprendre. L’unicité du génocide juif est une conclusion à laquelle la démarche historique amène et non un préalable (bien que le génocide tutsi soit lui aussi un génocide programmé par l’Etat hutu.)

Pour revenir à la question de l’acte inhumain avec nos élèves de 10 ans, je reprendrai une phrase de Bensousan : « Si la mémoire a une telle importance, si le fait de dire a une telle importance, c’est parce que cela permet de dire le droit. » La loi seule permet de faire la distinction entre l’humain et l’inhumain et les procès de Nuremberg comme celui d’Eichmann, de Touvier, Barbie, Papon ont eu cette vertu. Cette loi universelle, humaine, loi démocratique, c’est bien cela que nous devons enseigner.


Juste pour se dire qu’il y a encore et toujours du travail pour nous éducateurs et enseignants : l’image qui a fait la une de quelques tabloïds : un prince anglais, revêtu d’un uniforme nazi ... Just for fun ?


Commentaires  forum ferme

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shoah : un ministre de la République s’interroge ...
dimanche 30 avril 2006 à 16h22 - par  Jean-Claude ROLLAND

Douste-Blazy au musée Yad Vashem de la Shoah, à Jérusalem : faut-il en rire ou en pleurer :

Long arrêt devant une carte d’Europe qui présente chaque pays en deux colonnes figurant l’importance des communautés juives "avant et après" la seconde guerre mondiale.
Le ministre français [Douste-Blazy] : "Il n’y a pas eu de juifs tués en Angleterre ?"
Réponse gênée du conservateur du musée : "Mais, M. le ministre, l’Angleterre n’a pas été occupée par les nazis."
M. Douste-Blazy n’a pas sourcillé et a repris : "Mais il n’y a pas de juifs expulsés d’Angleterre ?"

Le Monde 27 avril 2006.

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> Réflexions sur l’enseignement de la shoah à l’école
vendredi 5 août 2005 à 09h33 - par  walter

Monsieur,

Comme vous, je pense qu’il est fondamental d’enseigner les évenements importants de l’histoire á nos enfants, surtout lorsque l’on sait que certaines idées politique des années 40 sont encore dans les esprits de nos jeunes et plus anciens.

Néanmoins, ne vous semble-t-il qu’il est assez paradoxal de lier les camps de la mort aux seuls juifs lorsque l’on sait qu’un nombre aussi important de non juifs sont morts aussi dans ces mêmes camps. En effet, les camps ont servi aussi pour des allemands, autrichiens, polonais, Belges, Francais, Italiens, etc.. qui navaient pas les mêmes idées que le pouvoir en place. Mon grand-pere, Bourguemestre socialiste d’un petit village Italien fût tué par des fascistes en 1936. Une amie slovene vivant en Argentine a perdu tous ses freres dans des camps et ils n’étaient pas juifs.
En fait tous ces gens qui ont peuplés les camps avant les juifs ont été exterminés mais il semble que l’histoire ait décidé de les oublier, des millions ( et je dis des millions) de personnes sont passées inapercues parceque l’on a décidé que seul les juifs étaient morts dans des camps. C’est un comble, vous ne trouvez pas.
Ce qui est de plus terrible c’est que l’on tient un jour de comémoration pour les victimes juives des camps de la mort alors que les camps de la mort sont responsables de bien plus de victimes non juives.
Je pense qu’il est temps que l’on raconte lhistoire telle qu’elle s’est réellement passée et non dirigée par certains lobby.

Il est en fait assez curieux de se souvenir des victimes des camps de la morts alors que leurs descendants sont en train de massacrer de la même facon les palestiniens et que l’on en parle même pas ou si peu. Il semblerait qu’ils n’ont pas appris de l’histoire.
Si vous devez raconter l’histoire a des enfants pour empêcher qu’elle ne se répete, pensez seulement qu’elle est en train de se répéter et que l’on en parle pas. Je dirais même que tout le monde s’en fout quand on sait que les instances internationales ne veulent pas prendre de sanctions contre l’état Israeliens. Ceux-ci étant soutenus par leurs amis americains, le gouvernement américains soutenus par les banques internationales telles que la banque Rotschild ou autre, faite donc le raprochement.
Si vous voulez raconter l’histoire aux enfants, dites leur que même si l’on tue sous le couvert d’idéologie, la vraie raison c’est toujours le pouvoir et l’argent. Ils comprendront peut être que si l’on retombe toujours dans les mêmes travers c’est simplement pour quelques milliards de dollars qu’une banque pourra gagner mais cette banque infleuence la politique extérieure d’un guvernement et que ce même pays décidera de ne pas voter de sanctions contre un état beligérant.

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vendredi 5 août 2005 à 13h40 - par  Jean-Claude ROLLAND

Si vous le voulez bien et compte tenu du nombre d’aberrations et d’erreurs de votre message je vais tenter de répondre sur quelques points :

l’on sait qu’un nombre aussi important de non juifs sont morts aussi dans ces mêmes camps.


FAUX ! De nombreux historiens estiment à 500 000 le nombre de victimes non juives dans les camps de concentration en excluant les « Einsatzgruppen »

En fait tous ces gens qui ont peuplés les camps avant les juifs ont été exterminés mais il semble que l’histoire ait décidé de les oublier, des millions ( et je dis des millions) de personnes sont passées inapercues parceque l’on a décidé que seul les juifs étaient morts dans des camps.


FAUX : Dachau ouvre en 1933. On date de 1941 le début de la déportation des Juifs allemands. Donc d’après vous de 33 à 41 des millions d’Allemands, Autrichiens, auraient déjà subi une politique d’extermination.

On tient un jour de comémoration pour les victimes juives des camps de la mort


FAUX : La journée nationale de la Déportation instituée au lendemain de la Libération commémore les sacrifices d’hommes et de femmes exterminés dans les camps de la mort, TOUTES les victimes.

Il est temps que l’on raconte lhistoire telle qu’elle s’est réellement passée et non dirigée par certains lobby.


LOBBY ? Lesquels ? Ceux des historiens ? le lobby juif, le lobby sioniste, le lobby judéo-maçonnique ? Une rhétorique anti-sémite ? Une thèse révisionniste à proposer ?

leurs descendants sont en train de massacrer de la même facon les palestiniens


Les descendants des victimes des camps d’extermination n’ont pu naître et pour cause. Descendants ? Notion de race ? Les juifs seraient tous issus de la même engeance ?
De la même façon – dites-vous- ? Une politique étatique d’extermination raciale ? En Israël ?

le gouvernement américains soutenus par les banques internationales telles que la banque Rotschild ou autre, faite donc le raprochement


Cette banque (77ème rang en France) me paraît bien puissante … Si elle est capable d’influer sur les politiques extérieures d’états comme les Etats-Unis … Serait-elle un des membres de ce lobby dont vous parliez plus haut ?

même si l’on tue sous le couvert d’idéologie, la vraie raison c’est toujours le pouvoir et l’argent


En effet, l’idéologie nazie était raciste. Effectivement, les guerres sont des conflits d’intérêts. Et donc ? Où vouliez vous en venir ?

Pour conclure : Enseignons l’histoire à nos élèves de manière scientifique, ne faisons pas de comparaisons ineptes, évitons les idées reçues, ne parlons pas de puissances occultes tels les lobbies s’il s’agit de fantasmes peut-être anti-sémites, critiquons les politiques d’Israël de manière objective.

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> Réflexions sur l’enseignement de la shoah à l’école
mercredi 9 février 2005 à 16h05 - par  Alain Izzet

Je voulais écrire un petit article qui complèterait le tien en abordant les choses sous un angle différent et arrivant à la même conclusion. En attendant, je soumettrais aux lecteurs cette interview parue dans un Nouvel-Obs de mai 2000 pour réactions.

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lundi 9 mai 2005 à 23h06 - par  Jean-Claude ROLLAND

Un mail que j’ai reçu suite à la réponse au forum :

Je vous promets un développement dès que possible.
La sixième année primaire en Belgique est la dernière année du système fondamental ( 3 années d’ école maternelle et 6 ans d’ école primaire). A la fin de ces 6 ans ils présentent le brevet de fin d’ étude et se dirigent vers l’ enseignement secondaire.
Je suis une vieille titulaire (43 ans) et compte 22 ans d’ enseignement. Cette année je suis titulaire pour la première fois d’ une sixième année . Je travaille dans une école publique à pédagogie Freinet. Notre établissement met l’ accent sur des valeurs comme la solidarité, et la tolérance.
Les leçons d’ histoire sont donc celles où nous pouvons nous poser des questions et faire des recherches qui démontrent souvent que sans ces valeurs, le monde tourne moins bien. Et celles qui ont porté sur la seconde guerre mondiale et la Shoah n’ ont pas fait exception. il y a quelque chose de différent pourtant dans ces dernières séquences : ces jeunes enfants ont ressenti beaucoup d’ émotion et d’ incompréhension. Je reviendrai vers vous, pour vous parler de notre projet autour de la commémoration du 8 mai : nous avons réalisé un petit film présentant un témoin qui durant les années de guerre fut un enfant caché parce que juif. Je suis très fière de leur travail, de leur engagement et de leur réflexion.
Bien à vous Laura

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samedi 7 mai 2005 à 13h08 - par  Jean-Claude ROLLAND

Merci pour ce salut pacifique ... et de votre lecture.
Quelques mots : d’abord, félicitations et merci d’avoir eu le "courage" de couvrir le programme d’histoire et d’avoir enseigné cette page si sombre de l’humanité ...
Puis beaucoup de questions (désolé, c’est le formateur qui ressort) : J’ai peu de connaissance du système éducatif belge ... 6ème année ? quels âges ont les élèves ? Etes-vous jeune titulaire ? Voudriez vous partager ici votre expérience (article) ? Comment avez-vous abordé le sujet ? Quels documents ? Quelles entrées ? Quelles ont été les réactions des élèves ? leurs représentations ? Combien de séances ? Quels enseignements sur le rôle de la France durant l’occupation ? Quelles productions des élèves ? ...
Cordialement.

Logo de laura rouffa
vendredi 6 mai 2005 à 21h05 - par  laura rouffa

Merci de partager avec nous votre réflexion , votre cheminement ; titulaire pour la première fois d’une classe de 6ème année, la seconde guerre mondiale et ses terribles conséquences sont au programme en Belgique. J’ai donc mis ces leçons au planning des dernières semaines. Certains parents trouvaient aussi les enfants trop jeunes et puis "encore" ça fait des mois qu’on nous bassine avec ces horreurs vous ne pouvez pas parler du Moyen-Age, de la renaissance ou de la dynastie belge ? J’ai vécu mes plus beaux moments de classe même s’ils ont parfois été lourds et graves. Tout ce que vous avez écrit a fait écho à ce que j’avais ressenti. Bravo à vos enfants pour tant de sincérité dans leurs chants.Shalom est un bien beau mot et termine ce que je voulais vous dire .Bien à vous Laura

Logo de laura rouffa
mercredi 9 février 2005 à 17h23 - par  Jean-Claude ROLLAND

Holocauste ? Ce terme désigne un sacrifice rituel. C’est bien contre cette idée que je me suis battu bien souvent. En effet, certains Juifs religieux n’hésitent pas une seconde en associant le génocide à une punition divine, d’autres plus "laïcs" parlent du Mal absolu. Ce faisant on oublie, je le crois, la dimension humaine des bourreaux nazis. Pour commettre des actes inhumains, il faut être homme d’abord. Et ils étaient des hommes. Le teme "solution finale au problème juif" convient bien mieux. C’est la terminologie nazie, celle qui démontre l’aspect étatique et systématique de la Shoah.
Quant à laïciser l’enseignement de la Shoah ... Bien évidemment la question ne se pose pas ! C’est nécessaire. Devoir d’histoire ou devoir de mémoire, je préfère, c’est certes encore jouer avec les mots, « travail de mémoire » ,au sens où c’est notre présent qui nous amène de fait à ce travail nécessaire de compréhension de l’Histoire.