La laitière et le pot au lait

lundi 28 mars 2005
par  Philippe Rocher
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LA LAITIÈRE ET LE POT AU LAIT

Perrette, sur sa tête ayant un pot de lait
Bien posé sur un coussinet,
Prétendait arriver sans encombre à la ville.
Légère et court vêtue, elle allait à grands pas,
Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile,
Cotillon simple et souliers plats.
Notre laitière ainsi troussée
Comptait déjà dans sa pensée
Tout le prix de son lait ; en employant l’argent ;
Achetait un cent d’œufs, faisait triple couvée :
La chose allait à bien par son soin diligent.
« Il m’est, disait-elle, facile
D’élever des poulets autour de ma maison ;
Le renard sera bien habile
S’il ne m’en laisse assez pour avoir un cochon.
Le porc à s’engraisser coûtera peu de son ;
Il était, quand je l’eus, de grosseur raisonnable :
J’aurai, le revendant, de l’argent bel et bon.
Et qui m’empêchera de mettre en notre étable,
Vu le prix dont il est, une vache et son veau,
Que je verrai sauter au milieu du troupeau ? »
Perrette, là-dessus, saute aussi, transportée :
Le lait tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée.
La dame de ces biens, quittant d’un œil marri
Sa fortune ainsi répandue,
Va s’excuser à son mari,
En grand danger d’être battue.
Le récit en farce en fut fait ;
On l’appela le pot au lait.

Quel esprit ne bat la campagne ?
Qui ne fait châteaux en Espagne ?
Picrochole, Pyrrhus, la laitière, enfin tous,
Autant les sages que les fous.
Chacun songe en veillant ; il n’est rien de plus doux :
Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes ;
Tout le bien du monde est à nous,
Tous les honneurs, toutes les femmes.
Quand je suis seul, je fais aux plus braves un défi ;
Je m’écarte, je vais détrôner le Sophi ;
On m’élit roi, mon peuple m’aime ;
Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant :
Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même,
Je suis Gros-Jean comme devant.

Jean de La Fontaine, Fables, Livre VII,9



SOURCES

Pilpay : Le pot cassé (voir ci-dessous)
Bonaventure des Périers : Comparaison des alquemistes [alchimistes] à la bonne femme qui portait une potée de lait au marché


PILPAY : Le Pot cassé

Un riche négociant comblait de bienfaits un pauvre homme, son voisin. Chaque jour, il lui envoyait une certaine quantité de miel et d’huile. Le miel servait à la nourriture du malheureux : quant à l’huile, il la mettait de côté dans une grande et large cruche.
Quand la cruche fut pleine d’huile, le malheureux se mit à songer à l’emploi qu’il en pourrait faire. Et il calcula : « Cette cruche contient maintenant beaucoup d’huile. En vendant cette huile, je me ferai assez d’argent pour acheter dix brebis, chaque brebis me donnera, dans le cours de l’année, deux agneaux ; ainsi, en moins de dix années de temps, je me verrai possesseur d’un nombreux troupeau. » Et il continua ses beaux rêves : « Devenu riche, je ferai bâtir un superbe palais. Puis je me marierai et j’aurai un fils dont je soignerai particulièrement l’instruction. Ce fils sera reconnaissant de mes soins…Sinon, s’il me désobéissait, je lui ferais sentir mon courroux. » Disant cela, et s’imaginant corriger son fils rebelle, il fait violemment tourner le bâton qu’il tenait à la main.
Mais voilà que le bâton, en tournant, atteint la cruche pleine d’huile ? La cruche vole en éclats, et l’huile coule aux pieds du malheureux qui voit ainsi, en un instant, s’évanouir son beau rêve, et ses brebis et ses moutons, et son palais et toutes ses richesses. Le pauvre homme comprit alors combien c’était folie de faire de trop grands projets.


Documents joints

La laitière et le pot au lait
La laitière et le pot au lait
Jean de La Fontaine, Fables, Livre VII,9
PILPAY : Le pot cassé
PILPAY : Le pot cassé

Commentaires  forum ferme

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La laitière et le pot au lait
lundi 25 mai 2009 à 15h55 - par  Jennifer H

Serait il possible de trouver le texte de Pilpay sur internet ?
Merci de me le faire parvenir, si vous en êtes en possession à jenjenheriss@hotmail.fr .

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mardi 26 mai 2009 à 00h14 - par  Philippe Rocher

Le texte de Pilpay est désormais accessible en document joint à cet article. En vous remerciant pour votre requète qui m’a enfin permis de démarrer le projet jusque là repoussé (et pourtant annoncé)de proposer le texte des sources en ligne.
J’espère toutefois que vous n’attendez pas toutes les sources pour demain...comme la tortue, je me hâterai avec lenteur.