La BD à l’école (2)

vendredi 14 avril 2006
par  Jean-Claude ROLLAND
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our ne pas se limiter à l’analyse des procédés de la BD, pour entrer en littérature avec la BD, il est nécessaire de dépasser l’observation souvent stérile des planches sans entrer dans le récit même de ces planches. Ces codes, ces normes sont souvent remis en cause par les auteurs de BD. Ils en jouent avec plaisir. Cependant ces codes qu’il est nécessaire d’avoir pour décoder certains messages ne suffiront pas à l’étude et l’analyse d’une BD à l’école.

La bande dessinée, un objet littéraire pour un art du récit.

Pour ne pas en rester à l’étude sommaire de l’apparence de l’objet BD avec ses caractéristiques, mais pour voir comment ces codes et mécanismes dont nous parlions sont au service du propos de l’auteur, comment ils participent à l’histoire qu’il veut nous conter.

Deux questions vont apparaître régulièrement lors du travail avec nos élèves :

-  Pourquoi ? Pourquoi ce plan, ce cadrage est-il choisi par l’auteur ? Quel est à ce moment du récit le message qu’il veut transmettre à ses lecteurs ? Avec quel style ?
-  Comment ? Décrire les effets de tel ou tel procédé graphique pour en comprendre l’effet de sens que l’auteur veut apporter à ce moment du récit.

Voir : planches à la loupe sur expositions.bnf.fr

Ici, dans une planche du Peter Pan de Loisel.
On pourra y observer la position relative des personnages, les plans et les champs/contre-champs :

Peter, un jeune garçon dans un Londres sombre et gris décrit à des orphelins ce qu’est une maman, une maman dont rêve tous les gosses.

En rentrant, il se frotte aux mondes adultes.

Enfin, il rentre chez lui.

Les 2 personnages se tournent le dos et ne sont jamais face à face...

Les plans s’approchent jusqu’à la 5ème case où un gros plan de Peter et sa mère, presque intime montre un geste que l’on pense de tendresse.

Enfin, face à face, brutalement, le plan écrase les personnages contre la porte et la violence de la mère alcoolique est renforcée par le champs/contre-champ et les changements d’angles.



Une entrée possible : le(s) personnage(s), les héros de BD :

A travers les BD que les élèves auront lus, celles que l’on aura pu leur proposer, s’interroger sur les personnages et leurs caractéristiques permettra une entrée transversale dans le monde de la BD

Et ces héros de BD, qui sont-ils ? (Lire le Dictionnaire thématique des héros de BD. Glénat)

- Le héros classique  : souvent humain, le lecteur s’y s’identifiera facilement. Généreux, défenseur de la veuve et de l’orphelin, intelligent, c’est le personnage positif par excellence : Tintin, Astérix, Flash Gordon, Spirou, Ludo, Valérian, ...

Les auteurs lui accorderont quelques faiblesses ou quelques défauts, ce qui le rendra encore plus sympathique au lecteur.

- Le héros moderne
 : les auteurs désirant une dimension plus psychologique, plus réelle nous proposent des personnages moins idéalisés, moins conformistes, faits de chairs et de sang. La BD pour adulte ou adolescent aiment ces héros quelques fois animés de désirs et de sentiments parfois contradictoires. C’est toujours un personnage exceptionnel : Blueberry, Corto Maltese, Lanfeust, ...

- L’anti-héros :
L’anti-héros est affublé des plus graves défauts : cupide, lâche, cynique. Humour grinçant, qui permettra de ridiculiser les travers les plus affligeants de l’humanité. Il peut aussi apparaître au travers de planches pour adulte sans morale, coléreux et violent tel Marv (Sin City)


- Pour le héros comique, ces défauts sont insignifiants mais permettent aux auteurs, par une complicité grandissante avec le lecteur de nous amuser grâce au comique de répétition ou grâce aux ruptures.
On retrouvera ainsi avec plaisir Bécassine, Cosinus, Gaston, Bidochon, Achille Talon, Jack Palmer, ...


- Les héros enfants : Sous les regards d’adultes souvent dépassés, ou même encore inexistants les héros adolescents, enfants ou nouveaux-nés permettent aux jeunes lecteurs de s’identifier et aux plus âgés de retrouver un âge d’or nostalgique. Les adultes, pères, mères ou autres, représentants de l’autorité, symboles d’un monde étriqué et conformiste ou même incarnant le « Mal » seront tour à tour victimes des vilains tours de garnements, dépassés par leur progéniture, contrés par de jeunes esprits vifs et aventureux bravant les interdits. Pim, Pam, Poum, Quick et Flupke, Bibi Fricotin ou plus récents Litteul Kévin, Titeuf ou Kid Paddle, ...


- Héroïnes : Moins nombreuses que les personnages titres masculins, les personnages féminins se sont « émancipées » pour le plus grand plaisir des lecteurs. Bécassine ou faire-valoir du héros, de Barbarella à Pelisse dans la « Quête de l’Oiseau du temps », de Cellulite de Claire Brétécher à Yoko Tsuno ou Natacha, difficile de faire un portrait type de l’héroïne de BD et heureusement. Personnages hors du commun, charmeuses, fines, endurantes, exposées à tous les dangers, ces filles de papier peuvent être tout à la fois le loup et l’agneau.
A noter que l’univers BD, plutôt machiste va jusqu’à réserver un genre de manga destinée aux lectrices : le shojô, (par opposition au shonoen manga) histoires d’amour alambiquées avec des héroïnes à la fois vulnérables et fortes (Candy, Sailor Moon, Gigi, ...)


- Animaux : Calmes, agités, malins, stupides, les animaux, héros de BD sont les personnages d’un monde fabuleux. Faire valoir avec Rantanplan, le chien stupide qui accompagne Lucky Luke, ou Snoopy le chien de Charlie Brown, personnages anthropomorphiques tel Blacksad, le chat détective ou encore philosophe, les animaux peuplent nombre de bandes dessinées. Ils permettent aux auteurs des transpositions au monde des humains et facilitent la lecture de leurs caractères.

On pourra également s’intéresser avec nos élèves aux faire-valoir des héros, aux seconds rôles si importants, aux rivaux redoutables et inquiétants des super-héros, ...

A suivre ...