Fables en échos et résonances poétiques

Quelques outils pour les mises en réseaux des Fables de La Fontaine
mardi 18 avril 2006
par  Philippe Rocher
popularité : 10%

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PROGRAMMES 2002

Les auteurs de la littérature de jeunesse, et en cela ils ne se distinguent pas des autres écrivains, tissent de nombreux liens entre les textes qu’ils écrivent et ceux qui constituent le contexte culturel de leur création. C’est dire qu’on ne comprend véritablement un livre, serait-ce un simple album, sans retrouver ces relations subtiles qui font d’une œuvre une œuvre littéraire. Les lectures littéraires du cycle des apprentissages fondamentaux, comme celles des autres cycles, doivent donc être choisies avec soin et organisées en parcours qui permettent de retrouver un personnage, un thème, un genre, un auteur, un illustrateur...Par là, et par là seulement, l’habitude de fréquenter les livres devient progressivement une culture.
(Qu’apprend-on à l’école élémentaire ? Les nouveaux programmes, cycle des apprentissages fondamentaux, p.83)

Pour que l’élève puisse acquérir des références culturelles, il importe que les lectures ne soient pas abordées au hasard, mais se constituent, tout au long du cycle, en réseaux ordonnés : autour d’un personnage, d’un motif, d’un genre, d’un auteur, d’une époque, d’un lieu, d’un format, etc. Au cycle des approfondissements, c’est cet aspect de la lecture littéraire qui doit être privilégié plutôt que l’explication approfondie d’une œuvre.
(Qu’apprend-on à l’école élémentaire ? Les nouveaux programmes, cycles des approfondissements, p.187)


LA PLUPART DES ARTICLES MIS EN LIGNE SUR CE SITE SONT REGROUPES DANS LE FICHIER IMPRIMABLE Les fables à l’école

PLAN :

- Introduction

-1 : LE CORPUS DES FABLES DE LA FONTAINE

-2 : LES SOURCES

-3 : LE GENRE DE LA FABLE APRES LA FONTAINE

-4 : LA POSTÉRITÉ DES FABLES DE LA FONTAINE
 : allusions, réécritures et transpositions.


-5 : EXTRAITS DU DOCUMENTS D’ACCOMPAGNEMENT DES PROGRAMMES 2002 DE LITTÉRATURE À L’ÉCOLE ÉLÉMENTAIRE relatif au lien entre mises en réseau et programmations des lectures

-6 : BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE ET LIENS

L’accent mis dans les programmes sur les mises en réseaux des textes peut être considéré comme la traduction pédagogique d’une plus grande prise en compte de l’intertextualité, notion désormais centrale dans les travaux contemporains sur la littérature.

À cette notion introduite par Julia Kristéva en 1969 et reprise par Rolland Barthes dans son célèbre article « TEXTE » de L’Encyclopaedia Universalis en 1973, correspond l’idée que l’écriture littéraire redistribue des textes antérieurs dans un texte, les dissémine de façon plus ou moins discrète et consciente, et que tout texte est de ce point de vue un « intertexte ». L’intertextualité est vue alors comme un principe dynamique au fondement de l’écriture littéraire, et participe donc de sa définition.

Tout texte est un intertexte ; d’autres textes sont présents en lui, à des niveaux variables, sous des formes plus ou moins reconnaissables [...] L’intertexte est un champ général de formules anonymes, dont l’origine est rarement repérable, de citations inconscientes ou automatiques, données sans guillemets (Rolland Barthes, 1973)

Le terme prend une valeur plus restreinte, et moins psychologique, dans les travaux de Gérard Genette, qui préfère parler de transtextualité pour désigner dans un texte tout ce qui le met en relation, manifeste ou secrète, avec d’autres textes (Palimpseste, la littérature au second degré, Seuil, 1982) . Selon cet auteur les relations transtextuelles sont les suivantes :

- l’intertextualité, ou la relation de coprésence de deux ou plusieurs textes, par citation, plagiat, allusion... ;
- la paratextualité, qui concerne la périphérie du texte (son entour), soit les titres, préfaces, illlustrations, prières d’insérer etc. (voir Seuils, Seuil, 1987)
- l’architextualité, qui concerne les relations plus abstraites qu’entretient un texte avec son genre et avec ses différentes classes possibles. Tel poème de Rimbaud, par exemple, peut se trouver en relation d’architextualité avec la classe des sonnets, celle plus générale des poèmes, celle des poèmes lyriques, celles des caricatures poétiques...
- la métatextualité, qui renvoie à « la relation critique », de commentaire d’un texte par un autre
- l’hypertextualité, qui désigne toute relation unissant un texte B (que j’appellerai hypertexte) à un texte antérieur A (que j’appellerai hypotexte) sur lequel il se greffe d’une manière qui n’est pas celle d’un commentaire. La relation est soit de transformation (parodie, travestissement, transposition), soit d’imitation (pastiche, charge, forgerie...).

Les mises de réseau englobent tous ces types de relations « transtextuelles », en privilégiant l’intertextualité et l’hypertectualité. Elles concernent ici prioritairment les textes littéraires, et ne sont pas à confondre avec le travail interdisciplinaire du type « la fourmi dans tous ses états » où les textes documentaires relatifs à un champ disciplinaire donné (histoire, géographie, sciences..) côtoient les textes littéraires, ou encore avec les activités du type "tris de textes" qui visent à distinguer les grenres discursifs (écrit journalistique, littéraire, fonctionnel, documentaire, publicitaire...).

Concernant les Fables de La Fontaine, les groupements de textes autour d’une fable connue constituent bien sûr une des voies possibles. Mais il s’agit aussi de s’approprier une œuvre et de s’y familiariser, de l’inscrire dans la continuité d’une tradition et d’un genre universel dont on pourra affiner la connaissance et que l’on pourra distinguer des autres genres narratifs et poétiques, de l’envisager dans sa postérité et dans les multiples transpositions dont elle a été l’objet, et de la mettre en relation avec d’autres genres par des groupements thématiques (en particulier à travers le bestiaire).

Les données présentées dans cet article (éléments bibliographiques et historiques, liens « hypertextuels » à plus d’un titre, textes exemplaires...) constituent des matériaux utilisables pour la mise en œuvre de séquences variées à l’école et au collège, pour l’organisation de parcours de lecture et pour la programmation des lectures en « réseaux ordonnés » entre les cycles ou à l’intérieur du cycle 3 à l’école élémentaire : chaque enseignant peut choisir les textes en fonction de leur difficulté et du niveau de classe considéré.

1 : LE CORPUS DES FABLES DE LA FONTAINE

Certaines fables se répondent explicitement et on pourra par exemple confronter Le corbeau voulant imiter l’aigle et Le corbeau et le renard (la première fable contenant une allusion à la seconde) ou comparer Le lion et le rat et La colombe et la fourmi, qui constituent un ensemble.

Il est possible aussi d’opérer certains groupements à l’intérieur du corpus des fables accessibles aux élèves. Par exemple, en relation avec Le corbeau et le renard, lire Le renard et le bouc, mais aussi les fables dans lesquelles le renard est confronté à d’autres becs et n’est pas victorieux (Le Renard et la Cigogne, Le Coq et le renard...). Ou encore Le renard et les raisins et Le renard et le buste et se demander pourquoi La Fontaine à choisi un renard dans ces deux occurrences de textes très courts. Comparer aussi les fables de loup et remarquer que dans Le loup et le chien le loup est plutôt valorisé au détriment du chien... la dimension féroce de l’animal n’étant pas du tout évoquée dans cette fable.

On pourra également se demander ce qu’il y a de commun entre L’huître et les plaideurs et Le chat, la belette et le petit lapin. Ou aborder les fables présentant une confrontation entre des parents et leur progéniture (Le vieux chat et la jeune souris, Le loup, la chèvre et les chevreaux, Le laboureur et ses enfants..., mais aussi Le meunier, son fils et l’âne, Le cochet, le chat et le souriceau ).

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TABLES DES FABLES

Cliquer pour télécharger les tables des Fables de la Fontaine

Par ailleurs, l’utilisation, en travail de groupe, de la table des matières des recueils disponibles en classe, ou mieux, de l’intégralité des douze livres des fables, permet une familiarisation avec l’ensemble de l’œuvre par les titres. Les élèves y découvrent le bestiaire complet qu’ils peuvent quantifier et classer selon différents critères (sauvage/ domestique, européen/non européen, par genres et espèces) en cherchant les exemplaires uniques ou très rarement employés, ou à l’inverse en cherchant les espèces lesplus présentes. Ils pourront remarquer que le bestiaire n’a pas la proportion attendue en n’occupant qu’une petite partie de l’ensemble. Et ils y découvriront des noms étranges comme « l’escarbot ou « la lice », et verront que les animaux ne vont pas toujours par deux (ils peuvent être seuls, aller par trois, accompagner un végétal ou un être humain...).

De ce point de vue le Musée Jean de La Fontaine propose un document pédagogique tyrès utile et le poème-hommage de Jacques Roubaud Pour saluer Jean de La Fontaine, peut constituer une excellente introduction à l’étude du bestiaire. On pourra y tester son exhaustivité, vérifier si la fauvette est réellement absente des fables et repérer les faux amis. Sans oublier de remarquer que les cris de tous ces animaux qui incarnent les hommes sont autant de modalités du bavardage humain...


Pour saluer Jean de La Fontaine

La cigale stridule la fourmi s’active le corbeau croasse le renard glapit la grenouille coasse le mulet
porte le loup hurle le chien aboie la génisse mugit le chêne tient bon le roseau plie la chèvre béguète la
brebis bêle le lion rugit l’hirondelle trisse le rat des villes couine
urbainement le rat des champs couine champêtrement l’agneau bébèle l’homme bavarde le singe hurle le savetier chantonne le financier
s’inquiète le meunier admoneste le fils écoute l’âne brait le dragon crache du feu la cigogne glottore le
coq coquerique le frelon bourdonne la mouche vrombit le taureau beugle la chauve-souris se peigne la
belette fouine l’aigle trompette la colombe caracoule l’astrologue prédit le lièvre vagit le paon braille la
chouette ulule le bouc pue la laie nasille l’araignée ourdit le cygne se vante le dauphin cabriole le geai
cajole le cheval hennit le cerf brame l’alouette grisolle le poussin piaule le hibou bouboule l’ours grogne
la tortue se hâte le héron craquète le vautour plane la lapin clapit la puce saute l’huître bâille le cochon
grognonne le mouton tricote l’éléphant barrit le faucon guette le milan huît le rossignol gringotte la
couleuvre chuinte le canard cancane le cormoran pêche le perroquet répète le chat-huant hue le
moineau pépie l’écrevisse recule la pie jacasse le hérisson se hérisse la gazelle court.
« et moi ? dit la fauvette, « et moi ? »
« toi, tu n’es pas dans les fables de monsieur Jean »
« oui, mais moi je zinzinule »

Jacques ROUBAUD
Dans Jean de La Fontaine, Œuvres complètes, Sources et Postérité d’Ésope à l’Oulipo, édition d’ A. Versaille, Editions Complexe, 1995


Conformément à la définition du genre, les animaux restent largement constitutifs de l’univers des fables, en particulier de celles abordées à l’école et au collège. L’étude de la symbolique des animaux les plus utilisés permettra de déterminer quels types humains et quelles caractéristiques ils incarnent et de montrer que les attributs physiques ou psychologiques ne sont pas choisis au hasard. Certaines représentations associées aux animaux sont en effet telles qu’elles sont inscrites dans la langue à travers les expressions figées du type « rusé comme un renard », « malin comme un singe », « têtu comme une mule » etc, ou « dans la gueule du loup », dont il sera utile de faire l’inventaire.

La composition des titres est souvent duelle et suggère, parfois à tort (voir La colombe et la fourmi), un conflit entre deux personnages. Les titres créent par cette dualité un « horizon d’attente » (voir H.R.Jauss, Pour une esthétique de la réception, Gallimard, coll. Tel) et suscitent beaucoup l’imagination. On pourra remarquer que les titres confrontent souvent des petits animaux aux plus grands et que cette différence constitue parfois le sujet de la fable.

Les titres peuvent aussi amuser et étonner. Que peut-il bien se passer en effet entre L’âne et le petit chien ou Le vautour et les pigeons ? Et si pour ceux-là une rencontre est vraisemblable, que dire pour La lionne et l’ours, Le singe et le chat et Le singe et le dauphin dont les élèves savent bien que leur rencontre naturelle est peu probable ? Et, au-delà de toute opposition, qu’est ce qui peut bien réunir Le chameau et les bâtons flottants ?

Les titres, comme les illustrations constituent, pour leur potentiel narratif, d’excellents points de départ à l’écriture de fables par les élèves.

La comparaison d’éditions différentes peut être l’occasion de travailler des notions paratextuelles et éditoriales importantes : la différence anthologie/œuvre complète, les notions de recueil, volume, tome...les différences de format, l’album illustré. Les fables étant réparties en douze « livres » on pourra étudier les différentes acceptions du mot « livre ». Enfin, les illustrations sont également propices aux groupements anthologiques par fable ou par illustrateur.

2 : LA FONTAINE ET SES SOURCES, QUELQUES DONNÉES

Les mises en réseau peuvent aussi s’opérer en comparant une fable à son équivalent chez Ésope, Phèdre ou tout autre auteur accessible antérieur à La Fontaine (en particulier les isopets médiévaux). Rappelons que le titre du recueil de La Fontaine est Fables choisies.

« Choisies » car puisées, entre autres, dans le stock du fabuliste grec Ésope, lui-même traduit en vers latins par Phèdre, qui donna également ses propres fables, suivi par Aphtonius et Avienus. À l’époque de La Fontaine, la Mythologia Aesopica (1610) de Nicolas Névelet constituait la compilation de référence des textes des fabulistes de l’antiquité, dont des traductions étaient par ailleurs régulièrement éditées, telle, en 1647, celle des Fables de Phèdre, affranchy d’Auguste, traduites en françois, avec le latin à costé, pour servir à bien entendre la langue latine et à bien traduire en françois, de Louis-Isaac Le Maistre de Sacy.

La tradition ésopique de l’apologue (autre nom pour la fable) se poursuivra au Moyen Age avec les isopets (ou ysopets) et les avionets, écrits le plus souvent par des auteurs anonymes. Ce sont des fables inspirées d’Ésope, et surtout de Phèdre, écrites en langue « vulgaire », d’abord en octosyllabes à rimes plates, et plus tard en prose. Les plus célèbres, outre les anonymes, sont le Ésope de Julien Macho (XVe siècle) et les fables de Marie de France (XIIe).

Mais il semblerait que ce prolongement médiéval inspira moins La Fontaine que les auteurs humanistes qui ont perpétué la tradition ésopique à la Renaissance, comme les italiens Abstemius dont les Fables d’Ésope tournées en vers latins seront traduites en français en 1572 sous le nom d’Hecatonmythium, Verdizzotti et ses Cent fables morales (1570) et Faërne dont les Cent fables choisies des anciens auteurs, Mises en vers latins (1564) seront traduites en français par Ch.Perrault en 1699, soit quatre ans après la mort de La Fontaine. La France n’étant pas en reste, La Fontaine connaissait aussi bien les Trois cent soixante et six apologues d’ Ésope traduicts en rithme françoise par Guillaume Haudent (1547), que Les fables du du très ancien Ésope, phrigien, premièrement écrites en graec et depuis mises en rithmre françoise de Gilles Corrozet (1542), ou les Récréations et joyeux devis de Bonaventure des Périers (1510-1544) et les Fables d’Ésope en quatrains d’ Isaac de Benserade.

À partir du second recueil des Fables, La Fontaine élargit ses sources d’inspiration au vaste domaine oriental avec Les fables de Lockman surnommé le Sage, les Exemples de la Sagesse des anciens Indiens publié par R.P. Poussines, et le Panchatantra indien (« les cinq livres » en sanscrit) attribué à Pilpay (ou Bidpay). Ce dernier texte, source du Livre de Kalîla et Dimna, et connu à l’époque sous le nom de Fables de Pilpay, était parvenu en Europe grâce à des grands voyageurs comme Bernier (retour des Indes en 1669). La Fontaine en a découvert une traduction intitulée Le livre des Lumières ou la Conduite des Roys, composé par le sage Pilpay, traduit en français par David Souhid d’Ispahan, Ville capitale de Perse, dont le traducteur était en réalité l’orientaliste Gilbert Gaulmin .

Enfin, La Fontaine puise également à des textes appartenant à des genres variés : les Satires ou les Épîtres d’Horace, les Géorgiques de Virgile, les Métamorphoses d’Ovide, les Symposiaques de Plutarque, les Images de Philostrate, Les Nuits attiques d’ Aulu-Gelle, Les travaux et les jours d’Hésiode, Le Roman de Renart, les Facéties du florentin Pogge (1380-1450), les Adages d’Erasme, les Piacevoli notte (« les nuits facécieuses ») de Straparola (environ 1550), les Emblèmes d’Alciat, des épîtres de Clément Marot (1496-1544), Le quart livre de Rabelais, Le théâtre des animaux auquel sous diverses fables et histoires est représenté la pluspart des actions de la vie humaine, de Desprez (1644).

Il va de soi que tous ces auteurs passés en revue ne sauraient être étudiés en classe. Il n’en demeure pas moins qu’Ésope, malgré son antériorité, sa notoriété et sa lisibilité, ne doit pas faire écran en étant considéré comme le seul auteur source utilisable à côté de La Fontaine, et que l’histoire des fables ne saute pas allègrement plusieurs siècles du premier au second .

Une vue d’ensemble de l’anthologie école-collège : fables choisies, mises en ligne ... sur ce site indique les sources des trente cinq fables choisies et des équivalents médiévaux pour certaines d’entre elles. Ajoutons simplement que les fables d’Ésope sont généralement plus simples, moins alertes et présentent peu de scènes dialoguées.


Ce que suggèrent les documents d’accompagnement des programmes de littérature du cycle 3 (2002) à propos d’Ésope :

Parmi les éditions proposées par les éditeurs jeunesse, on en choisira une respectant la forme originelle des fables : un texte en prose, un style sans fioritures et une moralité conclusive. En effet, de nombreuses éditions sont plutôt des réécritures contemporaines, prêtant à Ésope des formes de fables plus proches de La Fontaine - versifiées, au style imagé. Il est notamment intéressant de comparer les fables d’Ésope à celles de La Fontaine, encore faut-il que leur esthétique soit bien distincte. On fera constater aux élèves qu’un thème commun est traité dans un style différent, que les moralités diffèrent aussi, et que, d’une façon générale, les deux projets littéraires sont sans commune mesure : chez Ésope, toutes les victimes méritent ce qui leur arrive, il s’agit donc du projet d’un moraliste, chez La Fontaine, la satire d’une société prédomine.


3 : LA CONTINUATION POÉTIQUE DU GENRE

Les fables en langue française, ou textes apparentés, postérieures à La Fontaine, même quand elles ne font pas explicitement référence au célèbre fabuliste, s’inscrivent néanmoins dans la continuité de la nouvelle manière que La Fontaine a inaugurée, ne serait-ce qu’à travers l’usage dominant du vers, et parce que la plupart de ses successeurs sont aussi des poètes. De ce point de vue inaugural La Fontaine peut être considéré comme l’équivalent français d’Ésope auquel sont automatiquement associés tous les usages postérieurs de la fable. Mieux, il éclipse pour longtemps la plupart des tentatives « fabulistes » ultérieures pour la plupart restées dans l’ombre. Seul Jean-Pierre Claris de Florian, à la fin du XVIIIe siècle, acquiert une notoriété certaine avec ses fables en vers.

Victor Hugo, pourtant prolixe dans des genres poétiques variés, utilisa très peu la fable. Toutefois, dans Les châtiments, en digne héritier de son illustre prédécesseur, il ne se priva pas d’exploiter la tradition satirique du genre pour viser directement le pouvoir politique, en l’occurrence Napoléon III.

Au vingtième siècle, Jacques Prévert, Raymond Queneau, Max Jacob, Claude Roy intègrent volontiers des fables dans leurs recueils, tandis que d’autres, moins nombreux, en particuliers certains auteurs pour la jeunesse (Pierre Gamarra, Yak Rivais), publient des recueils entièrement composés de fables . Les Poèmes de la souris verte de Jean-Luc Moreau contiennent une section qui s’intitule Le bidule et le machin-chose, fables et contrefables.

QUELQUES TEXTES



Les deux voyageurs

Le compère Thomas et son ami Lubin
Allaient à pied tous deux à la ville prochaine.
Thomas trouve sur son chemin
Une bourse de louis pleine ;
Il l’empoche aussitôt. Lubin, d’un air content,
Lui dit : pour nous la bonne aubaine !
Non, répond Thomas froidement,
Pour nous n’est pas bien dit, pour moi c’est différent.
Lubin ne souffle plus ; mais, en quittant la plaine,
Ils trouvent des voleurs cachés au bois voisin.
Thomas tremblant, et non sans cause,
Dit : nous sommes perdus ! Non, lui répond Lubin,
Nous n’est pas le vrai mot, mais toi , c’est autre chose.
Cela dit, il s’échappe à travers les taillis.
Immobile de peur, Thomas est bientôt pris,
Il tire la bourse et la donne.
Qui ne songe qu’à soi quand sa fortune est bonne
Dans le malheur n’a point d’amis.

Jean-Pierre Claris de FLORIAN


Le vacher et le garde-chasse

Colin gardait un jour les vaches de son père ;
Colin n’avait pas de bergère,
Et s’ennuyait tout seul. Le garde sort du bois :
Depuis l’aube, dit-il, je cours dans cette plaine
Après un vieux chevreuil que j’ai manqué deux fois
Et qui m’a mis tout hors d’haleine.
Il vient de passer par là bas,
Lui répondit Colin : mais, si vous êtes las,
Reposez-vous, gardez mes vaches à ma place,
Et j’irai faire votre chasse ;
Je réponds du chevreuil. -ma foi, je le veux bien.
Tiens, voilà mon fusil, prends avec toi mon chien,
Va le tuer. Colin s’apprête,
S’arme, appelle Sultan. Sultan, quoiqu’à regret,
Court avec lui vers la forêt.
Le chien bat les buissons ; il va, vient, sent, arrête,
Et voilà le chevreuil... Colin impatient
Tire aussitôt, manque la bête,
Et blesse le pauvre Sultan.
À la suite du chien qui crie,
Colin revient à la prairie.
Il trouve le garde ronflant ;
De vaches, point ; elles étaient volées.
Le malheureux Colin, s’arrachant les cheveux,
Parcourt en gémissant les monts et les vallées ;
Il ne voit rien. Le soir, sans vaches, tout honteux,
Colin retourne chez son père,
Et lui conte en tremblant l’affaire.
Celui-ci, saisissant un bâton de cormier,
Corrige son cher fils de ses folles idées,
Puis lui dit : chacun son métier,
Les vaches seront bien gardées.

Jean-Pierre Claris de FLORIAN


Fable et Histoire

Un jour, maigre et sentant un royal appétit,
Un singe d’une peau de tigre se vêtit.
Le tigre avait été méchant, lui, fut atroce.
Il avait endossé le droit d’être féroce.
Il se mit à grincer des dents, criant : « Je suis
Le vainqueur des halliers, le roi sombre des nuits ! »

Il s’embusqua, brigand des bois, dans les épines ;
Il entassa l’horreur, le meurtre, les rapines,
Egorgea les passants, dévasta la forêt,
Fit tout ce qu’avait fait la peau qui le couvrait.
Il vivait dans un antre, entouré de carnage.
Chacun, voyant la peau, croyait au personnage.

Il s’écriait, poussant d’affreux rugissements :
Regardez, ma caverne est pleine d’ossements ;
Devant moi tout recule et frémit, tout émigre,
Tout tremble ; admirez-moi, voyez, je suis un tigre !
Les bêtes l’admiraient, et fuyaient à grands pas.
Un belluaire vint, le saisit dans ses bras,

Déchira cette peau comme on déchire un linge,
Mit à nu ce vainqueur, et dit : « Tu n’es qu’un singe ! »

Victor HUGO Les Châtiments


Le chat et l’oiseau

Un village écoute désolé
Le chant d’un oiseau blessé
C’est le seul oiseau du village
Et c’est le seul chat du village
Qui l’a à moitié dévoré
Et l’oiseau cesse de chanter
Le chat cesse de ronronner
Et de se lécher le museau
Et le village fait à l’oiseau
De merveilleuses funérailles
Et le chat qui est invité
Marche derrière le petit cercueil de paille
Où l’oiseau mort est allongé
Porté par une petite fille
Qui n’arrête pas de pleurer
Si j’avais su que cela te fasse tant de peine
Lui dit le chat
Je l’aurais mangé tout entier
Et puis je t’aurais raconté
Que je l’avais vu s’envoler
S’envoler jusqu’au bout du monde
Là-bas où c’est tellement loin
Que jamais on n’en revient
Tu aurais eu moins du chagrin
Simplement de la tristesse et des regrets

Il ne faut jamais faire les choses à moitié.

Jacques PRÉVERT, Histoires


Un petit chat blanc
qui faisait semblant
d’avoir mal aux dents
disait en miaulant :
"Souris mon amie
J’ai bien du souci
Le docteur m’a dit :
Tu seras guéri
Si entre tes dents
Tu mets un moment
Délicatement
La queue d’une souris"
Très obligeamment
Souris bonne enfant
S’approcha du chat
Qui se la mangea.
Moralité :
Les bons sentiments
Ont l’inconvénient
D’amener souvent
De graves ennuis
Aux petits enfants
Comme-z-au souris.

Claude ROY, Enfantasques


FABLE

Un affreux chat z-en casquette
courait après les souris
Un affreux rat z-en liquette
grignotait du riz et du riz
Auquel des deux la grande chance ?
Rasé de frais et mis en plis
ces deux bestioles sans souffrance
se transformèrent en dandys
Enfant apprenez cette fable
sa morale et sa conclusion
Le coiffeur être formidable
a toujours et toujours incontestablement raison

Raymond QUENEAU L’instant Fatal


Fable sans moralité

Il y avait une locomotive si bonne qu’elle s’arrêtait pour laisser passer les promeneurs. Un jour, une automobile vint cahoter sur sa voie ferrée. Le chauffeur dit à l’oreille de sa monture : « Ne dresserons-nous pas procès-verbal ? - C’est jeune, dit la locomotive, et ça ne sait pas. » Elle se borna à cracher un peu de vapeur dédaigneuse sur le sportsman essoufflé.

Max JACOB Le cornet à dés


L’éléphanteau et le caïman

un petit éléphant
qui cherchait sa maman
rencontre un jour un caïman
bonjour monsieur dit-il
bonjour mon bel enfant
que viens-tu faire ici
je cherche ma maman
dit l’enfant sans manière
elle est là et l’affreux
lui montre sa tanière
notre éléphanteau dit merci
avez-vous besoin d’un croquis
l’éléphanteau mignon
suit l’ignoble saurien
au fond du trou affreux
il crie et puis plus rien
ne suivez pas n’importe qui
sapristi

Yak RIVAIS, Viens jouer dans le bac à fable !


La pomme

Une pomme rubiconde
se pavanait, proclamant
qu’elle était le plus beau de tous les fruits du monde,
le plus tendre, le plus charmant,
le plus sucré, le plus suave.
Ni la mangue, ni l’agave ,
le melon délicieux,
ni l’ananas, ni l’orange,
aucun des fruits que l’on mange
sous l’un ou l’autre des cieux,
ni la rouge sapotille ,
la fraise, ni la myrtille
n’avait sa chair exquise et sa vive couleur.
On ne pourrait jamais lui trouver une sœur.
La brise répandait alentour son arôme
et sa pourpre éclatait sur le feuillage vert.
- Oui, c’est vrai, c’est bien vrai ! dit un tout petit ver
blotti dans le creux de la pomme.

Pierre GAMARRA , La Mandarine et le Mandarin


L’allumette et le cigare

La petite allumette
aimant un gros cigare,
rêva d’un rendez-vous,
vit son rêve aboutir

et su en s’éteignant
que l’amour nous égare...
Un seul baiser de feu
peu nous anéantir..."

Jean-Luc MOREAU, Poèmes de la souris verte



4 : LA POSTÉRITÉ DES FABLES DE LA FONTAINE

4 : 1. ALLUSIONS, CITATIONS ET INFLUENCES DANS LES POEMES CONTEMPORAINS

De même que toute fable n’est pas nécessairement écrite en vers, tout poème en vers n’est pas nécessairement une fable même s’il en a les apparences. Il ne peut donc qu’être utile d’amener les élèves à une meilleure connaissance du genre de la fable et de ses caractéristiques en les sensibilisant aux analogies et aux différences entre les fables de La Fontaine et des textes de poètes contemporains qui n’appartiennent pas strictement au genre de la fable. On songe en particulier à Jaffabules de Pierre Coran (Le livre de poche Jeunesse, coll. "Fleurs d’encre",
aux Chantefables de Robert Desnos (Gründ, ou Gallimard) et aux Fabliettes d’Eugène Guillevic (Gallimard, "Folio Benjamin").

Si une filiation se laisse bien apercevoir à travers certains titres de recueil ou de poèmes, la prédilection certaine pour les animaux ou la présence de rimes, en revanche, la trame narrative s’estompe, ou est inexistante, et la moralité disparaît, au profit d’une écriture plus compacte jouant essentiellement sur les équivalences de sonorité et la morphologie. Et la visée didactique cède la place à la fantaisie à travers laquelle on peut reconnaître l’influence du surréalisme.

Ces poèmes présentant souvent des allusions aux Fables, les élèves pourront mesurer l’influence que La Fontaine a exercée et exerce encore chez les poètes.

La dimension narrative est encore présente dans les Fabliettes de Guillevic à travers l’emploi des temps verbaux

Un mouton tout moutonneux
Et tout aussi moutonnant
Moutonnait frileusement
Sous son vêtement laineux.

Un grand loup pas louvoyant
Mit fin à ce tremblement.

Eugène GUILLEVIC, Fabliettes

Et si elle est particulièrement absente dans le titre de chacune des Chantefables de Desnos, composé du nom d’un seul animal, elle subsiste encore parfois dans les textes, notamment L’alligator et Le Pélican.

Il reste que La Fourmi de Desnos présente une discrète allusion à la fourmi de la fable : chez La Fontaine en effet la fourmi ne mesure certes pas dix-huit mètres mais elle parle français, et de nombreux illustrateurs l’ont souvent affublée d’un chapeau...

LA FOURMI

Une fourmi de dix-huit mètres
Avec un chapeau sur la tête,
Ça n’existe pas, ça n’existe pas.
Une fourmi traînant un char
Plein de pingouins et de canards,
Ça n’existe pas, ça n’existe pas.
Une fourmi parlant français,
Parlant latin et javanais
Ça n’existe pas, ça n’existe pas.
Eh ! Pourquoi pas ?

Cet étonnant poème de Raymond Queneau tente d’introduire un végétal à la dimension plus “digne” d’être parlant à l’instar des animaux des fables. Le fait d’être « sur » un arbre semble prédisposer l’abricot à une métamorphose par ailleurs linguistiquement surdéterminée par la structure phonologique de son nom (au point que l’on pourrait résumer ce poème par le mot-valise arbricocorico) :

Le révolté

Un abricot
qui était sur un arbre
tout à coup dit
" Je ne suis pas de marbre " et il s’écrie
" Cocorico cocorico "
l’abricot
qui était sur un arbre

Raymond QUENEAU, Bucoliques

Mais les allusions aux célèbres Fables sont souvent moins discrètes et l’alexandrin de Max Jacob "Le renard au corbeau demande son fromage" (Le laboratoire central) n’est pas un cas isolé. Raymond Queneau dans Battre la campagne, avec des poèmes au titre explicite (L’agneau et le loup, La fourmi et la cigale, La poule, le renard et le coq, La grenouille qui voulait se faire aussi ronde qu’un œuf, Le rat des villes et le rat de champs, Le langage corbeau) réutilise aussi les fables de La Fontaine. L’agneau et le loup et La grenouille qui voulait se faire aussi ronde qu’un œuf mis à part, il ne s’agit pas nécessairement de « fables », ni de pastiches, ni même de réécritures, mais plus simplement de poèmes qui font écho aux fables et sont autant d’hommages à l’œuvre du fabuliste. Le poème Pour saluer Jean de La Fontaine de Jacques Roubaud, membre, comme Queneau, de l’OULIPO (OUvroir de LIttérature POtentielle), et le poème de Claude Roy, L’affable la Fontaine, sont du même ordre.

L’affable la Fontaine

Récite ta fa
Récite ta fable.
Pour devenir grand
Il faut qu’on apprend
assis à sa table
sa récitation,
l’ineffable fable,
riche en citations,
de l’affable la
fontaine de fables.

L’heureux nard et le corbeau
Rat Deville et rats Deschamps
le méchant loup Pélagneau
la Chevreuse et le Roseau
L’Assis Gal et la fournie
la quenouille qui veut se faire
aussi rose que le bœuf
les animaux malades de la tête.

Retisse et récite
récite ta fa
ta fable d’enfant.
Quand tu seras grand
il sera bien temps
d’apprendre qu’on n’a
souvent aucun besoin
d’un plus petit
que soif
pour boire à la fontaine.

Claude ROY, Enfantasques (1974), Gallimard

4 : 2. DÉTOURNEMENTS, PASTICHES ET PARODIES

Les pastiches et les parodies plaisent beaucoup, surtout aux adultes, et il ne faut pas oublier qu’ils sont pour la plupart plus difficiles que les textes de départ, dont ils supposent par ailleurs, et par définition, la connaissance. C’est pourquoi seules les fables les plus connues sont concernées comme La cigale et la fourmi, Le corbeau et le renard, Le loup et l’agneau, Le chêne et le roseau, La grenouille... De tels détournements constituent d’excellents exemples pour les activités de réécritures, avant celles de créations proprement dites.

Les réinvestissements parodiques sont presque aussi anciens que les fables elles-mêmes, comme en témoigne, dès 1794, une satire d’un auteur anonyme visant la fille de Mme de Sévigné et une certaine Mademoiselle Cigale (de son vrai nom !) qui commence par La Cigale ayant baisé/Tout l’été. Suivront ensuite au XVIIIe siècle des réécritures mises en musiques, telles celles de Jean-Philippe Valette dans le Recueil de fables choisies dans le goût de Monsieur de La Fontaine sur de petits airs de vaudeville connus (1749) et les Fables mises en chansons, vaudevilles et pots pourris de M. Nau en 1786. Un certain Formage écrira en 1800 des Fables dont certaines, comme La cigale et la fourmi, sont réduites à deux vers ironiques

J’ai tout mangé, dit Claude : accours, ô Providence !
Providence se tut mais l’ Écho reprit : « Danse ! »

Le siècle suivant verra des auteurs aussi différents que Eugène Desmares et Les métamorphoses du jour ou La Fontaine en 1831, ou Aurélien Scholl et Les fables de La Fontaine filtrées (1886), et les poètes Théodore de Banville et Tristan Corbières, avec les Fables choisies, mises en proses en 1873 pour le premier et les poèmes Le poète et la cigale et La cigale et le poète qui respectivement ouvrent et terminent le recueil Les amours jaunes du second. La continuité est assurée au XXe siècle avec les recueils de Charles Clerc, qui publia en 1923 ses Fables à l’envers, d’après La Fontaine et Florian, et de Jean Anouilh (Fables 1962), et les pastiches de Paul- Jean Toulet, Paul Valéry, Tristan Bernard, Sacha Guitry, Edmond Brua, Françoise Sagan, Jean Dutour, Jean-François Josselin, Claude Klotz...

Citons juste pour le plaisir et pour leur brièveté :

Maître Cerveau sur son homme perché
Tenait en ses plis son mystère...
(Paul Valéry, Mélanges)

Deux pigeons s’aimaient d’amour tendre
Moralité :
L’un deux s’ennuyait au logis.
(Tristan Bernard)

Prudence, prudence quand tu nous tiens,
On peut bien dire : Adieu l’amour
(Sacha Guitry, L’amour masqué)

Corbières, Banville et Valéry exceptés, la plupart des auteurs cités parodient ou pastichent les fables tantôt en y ajoutant un ton franchement cynique, tantôt en inversant la situation de départ (Françoise Sagan démarre La fourmi et la cigale avec « La fourmi ayant stocké/Tout l’hiver »), ou leur moralité, ou tout cela à la fois, comme Jean Anouilh, qui détourne les moralités des fables d’origine et bien souvent, les situations initiales. C’est ainsi que la cigale est une demi-mondaine calculatrice cynique et très riche qui cherche à placer son argent auprès d’un renard banquier. Ou que le chêne est réhabilité, ce qui pourrait fort bien correspondre d’ailleurs à une lecture que La Fontaine avait suggérée : les plus beaux vers de sa fable ne concernent-ils pas le chêne ?

La cigale

La cigale ayant chanté
Tout l’été,
Dans maints casinos, maintes boîtes
Se trouva fort bien pourvue
Quand la bise fut venue.
Elle en avait à gauche, elle en avait à droite,
Dans plusieurs établissements.
Restait à assurer un fécond placement.

Elle alla trouver un renard,
Spécialisé dans les prêts hypothécaires
Qui, la voyant entrer l’oeil noyé sous le fard,
Tout enfantine et minaudière,
Crut qu’il tenait la bonne affaire.
« Madame, lui dit- il, j’ai le plus grand respect
Pour votre art et pour les artistes.
L’argent, hélas ! n’est qu’un aspect
Bien trivial , je dirais bien triste,
Si nous n’en avions tous besoin,
De la condition humaine.
.../...

Le chêne et le roseau

Le chêne un jour dit au roseau :
« N’êtes-vous pas lassé d’écouter cette fable ?
La morale en est détestable ;
Les hommes bien légers de l’apprendre aux marmots.
Plier, plier toujours, n’est-ce pas déjà trop,
Le pli de l’humaine nature ? »
« Voire, dit le roseau, il ne fait pas trop beau ;
Le vent qui secoue vos ramures
(Si je puis en juger à niveau de roseau)
Pourrait vous prouver, d’aventure,
Que nous autres, petites gens,
Si faibles, si chétifs, si humbles, si prudents,
Dont la petite vie est le souci constant,
Résistons pourtant mieux aux tempêtes du monde
Que certains orgueilleux qui s’imaginent grands. »

Le vent se lève sur ses mots, l’orage gronde.
Et le souffle profond qui dévaste les bois,
Tout comme la première fois,
Jette le chêne fier qui le narguait par terre.
« Hé bien, dit le roseau, le cyclone passé -
Il se tenait courbé par un reste de vent -
Qu’en dites-vous donc mon compère ?
(Il ne se fût jamais permis ce mot avant)
Ce que j’avais prédit n’est-il pas arrivé ? »
On sentait dans sa voix sa haine
Satisfaite. Son morne regard allumé.
Le géant, qui souffrait, blessé,
De mille morts, de mille peines,
Eut un sourire triste et beau ;
Et, avant de mourir, regardant le roseau,
Lui dit : « Je suis encore un chêne. »

Jean ANOUILH, Fables, Les Editions de la Table Ronde, 1962.


Plus près de nous, et des élèves, dans Après vous, M. de La Fontaine... : contrefables, Gudule (Anne Karali) donne aux personnages qui ont le mauvais rôle une chance de se rattraper. Chacune de ses fables se présente alors comme la continuation de la fable de La Fontaine qui la motive. Dans le même esprit on pourra lire aussi des extraits de La revanche du corbeau de Yannick Nédélec. Mais on peut également signaler la lecture très personnelle de Le corbeau et le renard par Jean-Luc Moreau dans ses Poèmes de la souris verte, ou la réécriture de Le loup et l’agneau par Gérard Bocholier dans le recueil de Jacques Charpentreau Jouer avec les poètes.

Le corbeau, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus !

Ayant un long moment médité l’aventure
Le Corbeau s’envola, avec l’espoir ténu
De dénicher dans la nature
Quelque chiche aliment à mettre à son menu.
Il scrutait la forêt, sous lui, lorsque soudain
Des coups de fusil retentissent.
Renard, surpris en plein festin,
Lâche son camembert et dans un trou se glisse.
" Oh oh ! dit Corbeau, l’occasion est trop belle ! "
Sur le fromage, il fond à tire-d’aile
Et dans les airs l’emporte sans tarder.
Juste à temps ! La main sur la gâchette
Cherchant à repérer de Goupil la cachette
Apparaît l’homme armé.
Mais du gibier qu’il traque il ne trouve point trace :
Bredouille, le chasseur abandonne la chasse.
Par son larcin, Corbeau, sans le savoir,
A sauvé la vie du fuyard.
Tout penaud, le Renard sort alors de son antre
Et devant le Corbeau qui se remplit le ventre
Constate en soupirant : " Je vais jeûner, ce soir ! "
Mais l’autre calmement descend de son perchoir
Et posant sur le sol ce qui reste du mets
Invite son compère à se joindre au banquet.
" Tu es rusé, dit-il, et moi je fends l’espace,
Ensemble nous formons un duo efficace.
Plutôt que de chercher l’un l’autre à nous voler
Pourquoi ne pas nous entraider ? "
Honteux et confus, le Renard
De la proposition admit le bien-fondé,
Jurant, mais un peu tard,
D’exercer désormais la solidarité.

GUDULE

Le renard et le corbeau,
ou si l’on préfère,
la (fausse poire) et le (vrai) fromage

Or donc, Maître Corbeau,
Sur son arbre perché, se disait : « Quel dommage
Qu’un fromage aussi beau,
Qu’un aussi beau fromage
Soit plein de vers et sente si mauvais...
Tiens ! voilà le renard : je vais,
Lui qui me prend pour une poire,
Lui jouer, le cher ange, un tour à ma façon.
Ça lui servira de leçon ! »
Passons sur les détails, vous connaissez l’histoire :
Le discours que le renard tient,
Le corbeau qui ne répond rien
(Tant il rigole !),
Bref, le fromage dégringole...

Depuis, le renard n’est pas bien ;
Il est malade comme un chien.

Jean-Luc MOREAU, Poèmes de la souris verte

Un agneau se désaltérait
Dans le courant d’une onde pure.
Un loup survint, timide et n’osant l’aventure
Que son grand-père lui lisait
Dans un célèbre fablier.
" Sire, lui dit l’agneau, que votre Majesté
Prenne un peu plus d’audace.
L’honneur de votre race
En dépend, faites vite !
-Je viens boire et croquer seulement ces myrtilles.
Répondit le timide.
-Vous plaisantez ? -Non pas.
Epargne-moi tes moqueries.
Je suis de ces loups blancs qui sont, dans les familles,
Toujours montrés du doigt. "
Dans le fond des forêts il détale
Et l’agneau se noie.

Car il était fort maladroit.

Point de vrai loup, point de morale !

Gérard BOCHOLIER, dans Jacques Charpentreau, Jouer avec les poètes (Hachette Jeunesse)


Un autre cas intéressant est celui où la réécriture correspond à un détournement pragmatique du genre. Les auteurs de La cigale, le tabac et la fourmi réutilisent la visée didactique de la fable et sa valeur morale en la mettant au service d’une grande cause publique. L’effet de surprise et l’amusement sont garantis par une « scénographie » à priori étrangère, malgré le recours à la bande dessinée, aussi bien à l’encart publicitaire qu’aux discours de campagnes de préventions contre telle ou telle maladie mortelle. Changer l’enjeu de la confrontation entre les deux personnages suffit alors à donner un texte assez peu modifié. Avec toutefois le risque qu’un conflit d’interprétation subsiste puisqu’il n’est pas certain que la cigale de La Fontaine ne transfère pas à cette cigale-là son capital sympathie... surtout si l’on songe à certaines associations automatiques qui peuvent être faites entre le fait de fumer et la musique...

LA CIGALE, LE TABAC ET LA FOURMI

La cigale, ayant fumé
Tout l’été,
Se trouva fort dépourvue
Quand le manque fut venu.
Pas un seul petit morceau
De clope ou de mégot.
Elle alla crier nicotine
Chez la fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelques tiges pour subsister
Jusqu’à la saison nouvelle.
Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l’Oût, foi d’animal,
Intérêt et principal.
La fourmi n’est pas fumeuse ;
Ce n’est point là un défaut.
"Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
-Nuit et jour à tout venant
Je fumais, ne vous déplaise.
-Vous fumiez ? j’en suis forte aise.
Eh bien ! Toussez maintenant."

Ligue nationale contre le cancer


Des détournements à partir de contraintes formelles ont été réalisés par les membres de l’Oulipo. Raymond Queneau, avec la méthode S+7 a donné par exemple le célèbre La cimaise et la fraction.

LA CIMAISE ET LA FRACTION

La Cimaise ayant chaponné tout l’éternueur
Se tuba fort dépurative
Quand la bixacée fut verdie :
Pas un sexué pétrographique morio
De mouffette ou de verrat.
Elle alla crocher frange
Chez la fraction sa volcanique,
La processionnant de lui primer
Quelque gramen pour succomber
Jusqu’à la salanque nucléaire.
« Je vous peinerai, lui discorda- t- elle,
Avant l’apanage, folâtrerie d’Annamite !
Interlocutoire et priodonte. »
La Fraction n’est pas prévisible :
C’est là son moléculaire défi.
« Que ferriez- vous au tendon cher ?
Discorda- t- elle à cette enarthrose.
-Nuncupation et joyau à tout vendeur,
Je chaponnais, ne vous déploie.
-Vous chaponniez ? J’en suis fort alarmante.
Eh bien ! débagoulez maintenant. »

Raymond Queneau
Variations sur S+ 7 , in OULIPO, La Littérature potentielle,Gallimard, 1973

Jacques Jouet s’est essayé à des "monostications" de La Fontaine, qui consistent en résumés d’une fable en un vers, plus exactement un alexandrin. Ce qui donne par exemple :

I, 1 : La cigale et la fourmi
Le chant jeûne du pain que la fourmi se garde

I, 2 : Le corbeau et le renard
Vanité du corbeau que la pommade plume

I, XXII : Le chêne et le roseau
Meurt au vent le grand chêne où le roseau s’incline

Mais l’on peut signaler aussi l’expérience plus récente du monoclavisme (ou isovocalisme), donnant un texte ne contenant qu’une seule voyelle.

Exemple de traduction monoclavique en "e" de la fable Le corbeau et le renard par Marie Christine Plassard :

Père Merle perché serre entre le bec le bretzel ;
Mère fennec est présente :
- Eh, Merle, Révérences ! jette cette Mère Fennec.
Père Merle se penche et ... le bretzel descend entre les dents de Mère Fennec.
Père Merle blême et berné peste ;
Mère Fennec se délecte et rentre chez elle.

On trouve aussi des lipogrammes (textes dans lesquel on s’interdit d’utiliser une ou plusieurs lettres choisies) de nombreuses fables, en l’occurrence des lopogrammes en "E", dans les Affabulations de Nicolas Graner, auteur également de La fontaine aux fables fictives. Ce dernier travail de réécriture repose sur le constat qu’un titre comme Le renard et les raisins est composé de deux noms bisyllabiques ayant la même initiale et propose d’une part 26 titres sur le même modèle (un par lettre de l’alphabet) et d’autre part 5 fables constituées de huit vers comme la fable de La Fontaine qui leur a servi de point de départ, et racontant par ailleurs la même histoire. Et je me garde bien d’énumérer toutes les contraintes en vous laissant le plaisir (et vous mettant au défi) de les découvrir toutes en lisant vous même les textes sur le site de l’auteur.

Sur le corbeau et le renard dans tous ses états, contrepétisé, verlanisé, argotisé, styletélégraphiqué ou calambourriqué... voir le site FATRAZIE


Evoquons enfin les réécritures qui jouent sur les registres de langues, en particulier celles en argot.

La cigale et la fourmi

Ayant goualé tout l’été
Avec les poteaux du loinqué
La cigal’ n’eut plus un pélot,
Quand radina le temps frigo,
Pas un loubem de brignolet,
A se carrer sous les crochets.
Elle bagota en sourdine,
Chez la fourmuch’ sa copine ;
La pilonnant en loucedé
De lui refiler à croquer ;
Car elle avait les chocottes.
"Nous avons toujours été potes
Lui bonit-elle en chialant ;
Ce n’est pas du boniment."
La fourmuche, une vraie tordue
Répondit :"Tu n’auras que pouic.
Qu’as-tu fabriqué de ton fric,
Pour être aujourd’hui si loqu’due ?
-Toutes les neuill’s dans les beuglants,
Je goualais avec les aminches.
-Ah ! Tu goualais, p’tit’ peau d’hareng ;
Et bien maint’nant cavale au guinche !

Le corbeau et le renard

Corbeau le ballotin sur un arbre paumé
Planquait entre ses crocs un comac frodogome ;
Renard-le-combinard qui n’avait pas croqué,
Radina en loucedé pour lui faire à l’estom :
"Bavonjavour mon pot’, je n’avais pas gaffé
Que tu étais si bath, et si bien balancé,
Sans attiger, si tes chocottes
Sont kif-kif avec ta bouillotte,
Tu es le plus girond des mectons du loinqué..."
A ces vann’s le corbeau se sentit chanc’tiquer,
Et pour mieux faire zieuter ses crocs,
Débrida son bavec, lâchant le calendos.
Le renard le brifa sans casquer un rotin,
Jaspinant :"Je t’ai eu avec mon baratin.
Les marles auront toujours la loi avec les caves ;
Ce rencard me vaut bien un fromag’, têt’ de nave !"
Le corbeau répondit ;"Vieille cloche,
Je m’en tap’, ce fromgi avait des astibloches."

MORALITÉ
Chacun dans son loinqué, s’il veut rester peinard,
Doit boucler son clapet devant les combinards.

Jean ALEXANDRE, Les Fables de La Fontaine en argot, Nigel Gauvin éditeur, 1992


4 : 3. TRANSPOSITIONS EN BANDES DESSINEES ET EN ALBUMS

On pourra comparer les BD aux illustrations des albums illustrés des Fables et y observer le traitement des dialogues. La notice des Fables de La Fontaine du document d’accompagnement des programmes de 2004 présente une utilisation intéressante de la bande dessinée comme entrée en matière, et ouvre également des pistes d’utilisation de quelques albums jeunesse dont on trouvera une liste commentée dans la bibliographie ci- dessous (chapitre 6).

Voir par exemple F’murr Au loup ! et Les Dingodossiers de Gotlib

Pour des groupements de textes autour d’un animal ou d’une fable, on pourra consulter :

- le dossier d’accompagnement du DVD vidéo « Histoires de loup » et sa présentation sur le site du Sceren CNDP.

- le numéro 601 (novembre 1991) de Textes et Documents pour la Classe sur le renard dans la littérature

- les Petites variations autour du lièvre et de la tortue sur l’excellente bibliographie du site de la Bibliothèque de Mérignac

- la saga du corbeau et du renard sur La Fontaine.net :

5 : EXTRAITS DU DOCUMENT D’ACCOMPAGNEMENT DES PROGRAMMES DE LITTÉRATURE 2002 (CYCLE 3)

DES ŒUVRES À METTRE EN RÉSEAUX : LA PROGRAMMATION DES LECTURES

Les élèves de cycle 3 construisent et élargissent leur culture. Les nouvelles lectures proposées conduisent au rapprochement du texte et de l’image avec d’autres textes, d’autres oeuvres, littéraires ou relevant des arts visuels. Chaque lecture est le lieu de réinvestissement de lectures anciennes et le tremplin pour de nouvelles lectures. Tel ouvrage contemporain en appelle à telle oeuvre patrimoniale ou classique, telle oeuvre classique trouve des échos dans la production actuelle. Ainsi s’établissent des résonances, des liens, propices à des mises en réseaux, à la constitution de constellations...

Apprendre à lire les textes littéraires suppose de mettre en relation des expériences personnelles des textes et du monde, de les organiser en systèmes, de percevoir leur dimensionhistorique. Ces réseaux sont organisés, pour explorer un genre, pour apprécier les divers traitements d’un personnage, d’un motif, pour élucider une procédure narrative, l’usage du temps et des lieux, pour estimer la place d’une oeuvre au sein de la production d’un auteur ou dans une collection.

Avec les enfants les plus jeunes, ce sont certainement les personnages qui, lorsque leur consistance est forte, constituent l’une des trames les plus visibles des oeuvres. Retrouver ceux qui, à la suite d’Alice, ouvrent les portes du merveilleux ou du non-sens, ceux qui, derrière Pinocchio, se demandent ce qu’est l’humain, sont autant de manières de voyager d’une oeuvre à l’autre... On sait que les contes traditionnels, déjà rencontrés aux cycles 1 et 2, constituent des matrices fortes de la littérature contemporaine : le bestiaire (du loup au cochon, en passant par le renard ou le chat) est ainsi sans cesse réinterprété et le Petit Chaperon rouge ne cesse de réapparaître, quelquefois sous les atours les plus inattendus. On peut ainsi retrouver l’enfant malin, dans la tradition du Petit Poucet, l’enfant malheureux dans celle de la Petite Marchande d’allumettes, etc.

Ces mises en réseau engendrent investigations et interrogations qui favorisent une nouvelle réception des oeuvres, de nouvelles interprétations, car celles-ci restent ouvertes. Qu’on songe, par exemple, aux personnages de tous ces enfants de papier qui retrouvent dans leurs relations à l’animal des liens étranges et insoupçonnés avec un monde originel, oublié des adultes. Cela va du Moogly de Rudyard Kipling au garçon qui fixe le vieux loup borgne dans L’Œil du loup de Pennac, sans oublier le petit Ben de Eckert (La Rencontre) qui doit aller jusqu’à perdre son humanité dans le terrier du grand blaireau pour se faire accepter dans l’univers des Hommes. Les oeuvres sélectionnées dans la liste nationale jouent de leur proximité ou de leur divergence face à des stéréotypes caractéristiques des différents genres. Les structures narratives notamment (par répétition, emboîtement, retour en arrière...) peuvent guider ou perdre le lecteur. Cette découverte peut déboucher sur des activités de reconstruction, déplacement, déconstruction, détournement, pour mieux en éprouver les effets. La dimension intertextuelle des oeuvres utilise de nombreuses voies : citation, allusion, plagiat, pastiche...

Pour saisir les rapprochements, apprécier les similitudes, les variations, les prolongements, les jeux d’imitation, les détournements, l’offre proposée par la liste nationale donne sa place aux textes de référence (les « classiques ») comme aux textes qui s’en font l’écho ou s’inscrivent dans la rupture avec ce patrimoine. Le parcours de lecture doit permettre de construire les échos entre les oeuvres lues et, quelquefois, entre celles-ci et les autres oeuvres d’art rencontrées par ailleurs (peinture, photographie, musique, architecture, élément du patrimoine, etc.), enfin entre celles-ci et les connaissances construites en histoire, en géographie, en sciences... Cela suppose une véritable programmation et un respect du rythme des séquences et de leur durée afin que les rendez-vous avec d’autres oeuvres ou des connaissances complémentaires ne soient pas décalés.

Rappelons une fois encore que toutes les indications techniques données ci-dessus sont à l’intention des enseignants et non des élèves. Elles doivent guider leurs choix. Elles ne sont pas des notions à enseigner.
La lecture des textes littéraires de l’école primaire doit rester une activité de lecture, attentive et intelligente certes, mais dans laquelle la réflexion ne débouche jamais sur la construction de catégories d’analyse qui, à cet âge, ne pourraient être que des approximations erronées.

La programmation des lectures successives est donc décisive. Elle doit s’inscrire dans la durée du cycle et non de l’année, et suppose donc une décision du conseil de cycle. Il sera évidemment nécessaire de tenir compte de la disponibilité des textes qui devront être mis entre les mains des enfants sans cependant s’interdire, pour des textes courts ou présentés en contrepoint d’une lecture en cours, de se contenter de l’exemplaire unique de la BCD. Dans le même esprit - que le texte, dans sa matérialité, soit à la disposition des élèves -, il est nécessaire qu’un exemplaire au moins de chaque texte lu reste dans la BCD ou dans la bibliothèque de classe.

L’enseignement de la littérature à l’école primaire suppose que les enseignants se dotent d’une solide culture des oeuvres destinées à la jeunesse, qu’elles relèvent du patrimoine ou de la création contemporaine.
C’est cette culture qui leur permet de choisir parmi les oeuvres proposées dans la liste nationale celles qui conviennent à leurs élèves (ce sont toujours celles qui vont les conduire à s’ouvrir à d’autres univers que le leur, mais ce sont aussi celles qui créeront les conditions efficaces d’une transition vers ces nouveaux mondes). C’est cette même culture qui permet que la mise en réseau ne se limite pas à un « programme » de lectures et soit véritablement cette exploration, que l’on doit à chaque enfant, de l’univers de la littérature. Rappelons que, dans cette programmation, l’enseignant vise à maintenir un équilibre entre les différents genres (poésie, nouvelles et romans, théâtre, contes, albums, bandes dessinées), et entre classiques et oeuvres contemporaines.

Si les deux tiers de ses choix doivent s’inscrire dans la liste nationale afin que, véritablement, la culture littéraire qui se constitue tout au long du cycle 3 soit une culture partagée, l’enseignant reste libre d’introduire un tiers d’oeuvres extérieures à cette liste, pourvu qu’il soit assuré de la valeur littéraire du texte, mais aussi de la qualité des illustrations et de l’édition.

6 : BIBLIOGRAPHIE

1 / LES FABLES DE LA FONTAINE

o LA SÉLECTION DE RECUEILS ILLUSTRÉS du document d’accompagnement des programmes de l’école élémentaire

Ces recueils sont pour la plupart remarquablement illustrés. Ils pourront sur ce point être complétés par l’ouvrage d’ Alain-Marie BASSY Les Fables de La Fontaine, quatre siècles d’illustration, Promodis, 1986.

- Les Fables de La Fontaine, Collectif - Chêne - 470 p.-
L’intégrale des Fables (253 en tout), et environ 65 illustrations des XIXe et XXe siècles. [dont celles de Benjamin Rabier]

- Les Fables de La Fontaine, ill. Doré Gustave, EDDL - 472 p.-
L’intégrale des Fables avec les reproductions des eaux-fortes de Gustave Doré.

- Jean de La Fontaine : les Fables, illustrées par Gabriel Lefebvre - La Renaissance du Livre, coll. « Jeunesse-Arts, images et mots » -141 p.-
51 fables illustrées d’aquarelles ; une table des titres. Un recueil plaisant au format carré. Dans le texte des fables, le discours écrit en italique facilitera la lecture des plus jeunes. [ce dernier point reste à démontrer]

- Marc Chagall Les Fables de La Fontaine,
Réunion des musées nationaux - 143 p.- Cet ouvrage est le catalogue de l’exposition Chagall de Céret en 1995. Il comprend 43 gouaches de Marc Chagall correspondant à 43 fables parmi les 100 que l’artiste a illustrées entre 1926 et 1927.

- Fables de Jean de La Fontaine : 30 illustrateurs,
Albin Michel Jeunesse - 72 p.- 30 fables illustrées par 30 illustrateurs contemporains en grand format.

- Fables de La Fontaine, ill. Chauveau Léopold (1921), Circonflexe - coll. « Aux couleurs du temps » -54 p.-
27 fables illustrées par des aquarelles de Léopold Chauveau.

- Fables de La Fontaine,
ill. Rapeno Armand et Jolivet Joëlle, Albin Michel Jeunesse - 40 p.-
Fac-similé d’un ouvrage édité en 1947.

- Les Fables de La Fontaine Tomes 1 à 4 ou l’intégrale., ill. Rabier Benjamin, Tallandier - 80 p. (un tome) 336 p. (l ’intégrale)-
Les fables vues par le créateur de Gédéon (1906) dans des compositions de 4 à 6 images pour chacune.

- Fables, ill. Maja Daniel,
Gallimard Jeunesse - coll. « Enfance en poésie » 32 p.-
Recueil accessible dès le CE2, présentant une sélection de 13 fables parmi les plus célèbres (il y manque peut-être Le Chêne et le Roseau ).


o OUVRAGES DE RÉFÉRENCE

Les éditions de poche de l’intégrale des Fables (par J.P. Collinet chez Folio, J.C. Darmon au Livre de poche, G. Couton chez GF Flammarion), non illustrées.

L’anthologie établie, présentée et annotée par Sabine Gruffat dans une édition bon marché (le Livre de poche 2003) me semble précieuse pour le collège.

Mais pour une vision intertextuelle plus étendue on pourra surtout utiliser avec profit les éditions savantes de référence suivantes qui m’ont servi entre autres pour la connaissance des sources de La fontaine. Ces deux ouvrages donnent en effet le texte des principales sources (Ésope, Phèdre et les autres...) qu’ils indiquent. Ils présentent une édition intégrale des fables qui correspond en outre à la dernière édition revue par La Fontaine lui-même (Barbin (1692-1694).

- Jean de La Fontaine, Œuvres complètes, Sources et Postérité d’Ésope à l’Oulipo, édition d’A. Versaille, Editions Complexe, 1995 , édition du tricentenaire : rend de grands services en incluant les pastiches et parodies les plus remarquables, ainsi que des adaptations en créoles et en sabir.

- Jean de La Fontaine, Fables, édition de Marc Fumaroli, La Pochothèque « Classiques modernes » (1995)

L’ouvrage suivant d’un spécialiste de La Fontaine peut aussi constituer une bonne présentation de l’ensemble de l’œuvre du fabuliste. Il contient - conformément à l’ensemble des titres de la collection Découvertes - une riche iconographie et des documents écrits intéressants (en particulier sur La cigale et la fourmi à travers l’histoire, le jugement de Rousseau...).

- La Fontaine ou les métamorphoses d’Orphée, Patrick Dandrey, Gallimard, coll. Découvertes

Les essais biographiques suivants satisferont tous ceux qui veulent en savoir plus sur La Fontaine et son temps :

- Le poète et le roi : Jean de la Fonraine en son siècle, Marc Fumaroli, Editions de Fallois 1997, Le livre de poche, coll. Références, 1999

- La Fontaine, ou la vie est un conte, Jean Orieux, Flammarion, 1976

o SUR LA TOILE

- La Fontaine.net

- Ysopet

- Wikisource ;Les Fabes de La fontaine, édition de Jean-Pierre Collinet.

2/ LES SOURCES

o LA SÉLECTION DU DOCUMENT D’ACCOMPAGNEMENT DES PROGRAMMES

- Fables : Ésope, La Fontaine, Beauchemin, Cojan Iolanda, Montréal ; Tryptique, impression 1997

- Fables d’Ésope : les animaux, ill. Rackam Arthur, trad.Chambry Emile, Corentin

- Les Fables d’Ésope, ill. Bernal Richard, Mango Jeunesse, coll.Contes classiques, les fables sont en prose, en langage simple, et terminées par une moralité

- Fables d’Ésope, ill. Zwesger Lisbeth, Duculot-coll. Les albums Duculot, non paginé

- Fables d’Ésope, Gallimard Jeunesse, coll. Folio junior (ce recueil regroupe une soixantaine de fables)

- Fables d’Ésope et de Jean de La Fontaine, ill. Santore Charles, Livres du dragon d’or

- Kalîla et Dimna : Fables choisies, Ibn-Al-Muqaffa Abd Allah/ Alani Ghani, trad. André Miquel, Ipomée-Albin Michel- coll. Herbes folles

- Le dévot et la cruche, Ibn-Al-Muqaffa (tirée de Kalîla et Dimna ) et La Laitière et le Pot au lait, La Fontaine , Arléa, (édition bilingue français-arabe)

- Le lion et le chacal, Ibn-Al-Muqaffa (tirée de Kalîla et Dimna ) et Le Berger et le Roi, La Fontaine, Arléa, (édition bilingue français-arabe)

o RÉFÉRENCES COMPLÉMENTAIRES UTILES

Outre les éditions complètes des Fables de La Fontaine indiquées plus haut qui donnent le texte des versions d’Esope et de Phèdre, on pourra également se référer aux ouvrages suivants :

- Ésope, Fables, traduit du grec et présenté par Claude Terreaux, Arléa 2004

- Les fables d’Ésope, traduites, présentées et commentées par Jacques Lacarrière, suivies d’un essai dur le symbolisme des Fables, 2003, Albin Michel, coll. Espaces libres

- Ésope, Fables, traduction de Daniel Loayza, GF-Flammarion

- Fables françaises du moyen âge : les isopets, édition bilingue, traduction, présentation et notes de Jeanne-Marie Boivin et Laurence Harf-Lancner, 1996, GF-Flammarion

- Fables d’Esope, réécrites par John Cech, ill. Martin Jarrie, éditions circonflexe (album).

On peut également comparer les fables de La Fontaine à des textes de la tradition orientale et africaine qui ne constituent pas tous des sources en tant que telles, mais permettent de travailler la diversité et les nuances d’un genre universel.

- Jan Knappert, 37 fables d’Afrique, Flammarion,Castor Poche
- Jean Muzi, 19 fables de singes, Flammarion,Castor Poche
- Jean Muzi, 19 fables de renard , Flammarion,Castor Poche
- Contes de Vivek l’éléphant, trad. P. Sharma, Flammarion, Castor Poche
- L’art de se faire des amis et Le singe et le crocodile, trad. du sanscrit par D.Porte, Contes et légendes d’Asie, Philippe Picquier,

Les deux deniers sont deux recueils de contes extraits du Panchatantra qui fut écrit au 6ème siècle pour l’instruction et l’édification de deux jeunes princes ignares. Fables édifiantes certes, mais la malice des personnages animaux, la spontanéité des dialogues, la drôlerie des situations rendent la leçon très légère. L’art du traducteur y est sans doute pour quelque chose.

- 15 contes de l’Inde, P.Sharma et L.Clarck, Flammarion, Castor Poche,

En collection de poche pour les jeunes lecteurs, 4 contes d’éléphants suivis de 11 contes extraits du Panchatantra dans une version simple et illustrée.

o SUR LA TOILE

- le site de la BNF

- le site de l’iufm d’Amiens

- Ysopet

3/ LA FABLE APRES LA FONTAINE

- Jean-Pierre Claris de Florian, Fables complètes ; ill. par Bertall. - N. Gauvin, 1991.
Titre de couv. : "Fables de Florian".

- Jean-Pierre Claris de Florian, Fables , textes réunis et présentés par Stéphane Labbe, ill.de J.J. Granville, L’école des Loisirs,2009.

Pour cet auteur on peut consulter le site de l’IUFM d’Amiens

- Pierre Gamarra, La mandarine et le mandarin, Hachette

- Max Jacob, Le cornet à dés, Gallimard, coll. « Poésie »

- Jean-Luc Moreau, Poèmes de la souris verte, 1992, Le livre de poche jeunesse, coll. "Fleurs d’encre"

- Jacques Prévert, Histoires, Gallimard-Folio (en particulier "Le chat et l’oiseau"),

- Yak Rivais, Viens jouer dans le bac à fables ! Ed. Lo Païs, Draguignan, 1998.

- Claude Roy, Enfantasques, Gallimard (dont "Le petit chat blanc")

- Raymond Queneau, L’instant fatal, Gallimard, coll. « Poésie »,
Bucoliques, Gallimard,
Courir les rues, battre la campagne, fendre les flots, Gallimard, coll. « Poésie »

- Anthologie de la fable au Québec :

- Le Fabuleux fablier : anthologie de fables de tous les temps pour apprendre à mieux vivre ensemble, Ed. Jean-Marie Henry ; ill. Régis Lejonc, Rue du monde, 2001. (La poésie).

4/ LES FABLES DE LA FONTAINE APRES LA FONTAINE

o RÉÉCRITURES, PASTICHES, PARODIES...

- Jean Alexandre, Les Fables de La Fontaine en argot, Nigel Gauvin éditeur, 1992

- Jean Anouilh, Fables, Les Editions de la Table Ronde, 1962.

- Jacques Charpentreau, Jouer avec les poètes, Hachette Jeunesse

- Tristan Corbières, Les amours jaunes, Gallimard, coll. « Poésie »

- Gudule, Après vous, M. de La Fontaine... : contrefables, Hachette Jeunesse, 2003. (Le livre de poche jeunesse).

- Jean-Luc Moreau, Poèmes de la souris verte, 1992, Le livre de poche jeunesse, coll. "Fleurs d’encre"

- Yannick Nédélec, La revanche du corbeau. Voir aussi son blog

- OULIPO, La Littérature potentielle, Gallimard, 1973

- Pierre Perret, Le petit Perret des fables, J.C.Lattes, 1992

- Pierre Perret, Les fables géométriques

- Claude Roy, Enfantasques, Gallimard (dont "Le petit chat blanc")

- Raymond Queneau, L’instant fatal, Gallimard, coll. « Poésie »,
Bucoliques, Gallimard,
Courir les rues, battre la campagne, fendre les flots, Gallimard, coll. « Poésie »

o INFLUENCES, ALLUSIONS...

- Pierre Coran, Jaffabules, Le Livre de poche jeunesse, coll. « Fleurs d’encre »

- Andrée Chédid, Fêtes et lubies

- Robert Desnos, Chantefables, dans, Œuvres, Gallimard, coll. « Quarto »,
Chantefables et chantefleurs, Gründ

- Eugène Guillevic, Fabliettes, Gallimard, coll. « Folio Benjamin »


o TRANSPOSITIONS EN BD

- La Fontaine aux fables, Collectif - Delcourt (3 vol.) .

- Les fables de La Fontaine en Bande dessinée, Anouk, Calman-Lévy, 1992

- Au loup , F’murr, Dargaud, 1993

o ALBUMS

- Ma culotte, Alan Mets, l’école des loisirs

- L’agneau qui ne voulait pas être un mouton, Didier Jean et Zad, Syros

En dignes successeurs de La Fontaine, Didier Jean et Zad nous livrent une fable très réussie sur la résistance et la solidarité. Dans le troupeau, tous les moutons passent la journée à brouter, la tête baissée. Quand le loup dévore l’un d’entre eux, personne ne s’en émeut : c’était un mouton malade, le deuxième est un mouton noir, mais personne ne bronche car celui-là, ils ne l’aimaient pas trop, le troisième est un mouton à trois pattes, autrement dit un faible... Mais lorsque le loup s’attaque au bélier, chacun commence à craindre pour lui-même. Il faudra le courage d’un agneau pour que le troupeau entier relève la tête et se décide à combattre le loup. Didier Jean et Zad touchent droit au but avec cet album, qui illustre le sens imagé de l’expression « être un mouton », tout est simple et limpide et on se passe de grands discours explicatifs. En guise d’épilogue, le texte dont on ne connaît pas exactement l’auteur, qui commence ainsi : « quand ils sont venus chercher les juifs, je n’ai rien dit car je n’étais pas juif... ». Un album intelligent, qui redonne toute leur portée aux mots « solidarité » et « résistance ».

- Sacré Raoul, Marie-Ange Guillaume et François Roca, Seuil et Crapule

Dans cet album pour grands (à partir de 9 ans), François Roca, qui a publié avec son compère Fred Bernard Jésus Betz , Prix Baobab et Gongourt jeunesse, revisite les plus célèbres fables de La Fontaine sous les traits de Raoul, un petit taxi jaune. Comme à son habitude, les dessins en pleine page sont superbement expressifs, toutes les ferrailles prennent vie et âme (que ce soit Lorette, la pompe à essence, Gisèle la grande grue ou encore Pim le « bidule » échappé du magasin de jouets.)

Les couleurs utilisées donnent un côté assez retro et/ou anglais à l’album car le jaune de Raoul tire sur l’orange et le ciel est souvent d’une teinte « sale et sombre ». De plus, les objets représentés (les lampadaires, les bus, l’avion et Raoul lui-même) indiquent que nous ne sommes pas dans une époque actuelle mais plutôt dans les années 60. Si toutes les illustrations précédentes de François Roca avaient émerveillé beaucoup de personnes, une critique est peut-être à soulever pour cet album. En effet, les différentes voitures sont finement représentées alors que les immeubles manquent de personnalité, de finition.
Les fables réécrites par Marie-Ange Guillaume (qui a travaillé pour le journal Pilote dans les années 70, puis pour Télérama, le Monde de la Musique, le Figaro et qui a également écrit les dialogues pour le dessin-animé d’Agrippine) sont bien identifiables. Le vocabulaire utilisé est simple sans trop de références à la mécanique automobile (ce qui en rassurera plus d’un[e] !). Les textes de La Fontaine sont restituées dans leur ensemble sans ellipse particulière.

La moralité est à chaque fois aussi simple que drôle , dans un langage courant et actuel (pour exemple dans Raoul et le flambeur (La cigale et la fourmi) la moralité est la suivante : « faut pas pousser. »)

Pour les lecteurs qui n’auraient pas reconnus la fable initiale, le titre de celles-ci est joint à celui du texte de Marie-Ange Guillaume.

À la lecture de ce bel ouvrage, une question reste en suspens : l’importance du texte (en proportion) ne dessert-elle pas l’ensemble de l’album ?
(Notice de Magali Turquin)

- La cigale ou la fourmi, Toni et Slade Morrison, Casterman, coll. « MiniBD »

Foxy G, le musicien cigale, et son copain Kid A, la fourmi, s’amusent comme des fous au parc. Mais un jour, Kid A décrète qu’il est temps de se mettre au travail. Foxy G ne l’entend pas de cette oreille et choisit de rester au parc, où il compose sa musique. Kid A s’en va. Il s’active, nettoie, répare, cuisine, stocke au son des airs que joue Foxy... Lorsque l’hiver se met à sévir, Foxy G, affaibli, demande à son ami l’hospitalité. Kid A le renvoie, refusant d’admettre que la musique est un travail. Et finalement, quel est le gagnant de cette histoire ?

- La course autour du monde, Caroline Repchuk, Gautier-Languereau
« La Course autour du monde », c’est « Le Lièvre et la Tortue » remis au goût du jour par deux Anglaises. La trame reste la même, mais les données sont quelque peu différentes : c’est à New-York que les deux animaux se donnent rendez-vous ! Tandis que le lièvre fonce tête baissée, en voiture, en avion, en montgolfière ou à dos de chameau, la tortue trace son chemin, lentement mais sûrement, par le moyen de locomotion le plus tranquille qui soit, le bateau. Et bien sûr, après de nombreux incidents et erreurs de parcours, le lièvre arrive à destination quelques instants après la tortue, qui l’attend au sommet de la statue de la liberté. Dans cette réécriture moderne d’une des fables les plus célèbres, on s’amuse des déboires du lièvre et on est séduit par les qualités graphiques de cet album, Alison Jay fait défiler sous nos yeux des paysages du monde entier, dans des couleurs pastel, avec cette technique si particulière qui consiste à déposer sur ses illustrations une craquelure qui les fait ressembler à des fresques usées par le temps. Une belle réussite.

- Sous l’eau, sur l’eau, Annemarie Van Haeringen, Autrement Jeunesse

Dame Araignée avait mitonné un succulent repas. L’eau lui venait à la bouche à l’idée qu’elle serait la seule à tout manger. A l’instant même où Dame Araignée s’apprêtait à prendre la première bouchée, on frappa à la porte. C’était Dame Tortue, couverte de poussière, épuisée d’avoir fait des kilomètres à pied...

MAIS AUSSI :

- Plouf !, Philippe Corentin, L’école des Loisirs

Pour son rapport, bien sûr, avec Le renard et le bouc. Voir les groupements possibles autour de cet album sur un site consacré à la littérature à l’école de l’Académie de Besançon et sur celui de l’IUFM de Paris

- Bon appétit Monsieur Renard, Claude Boujon, L’école des Loisirs . Voir Eduscol pour une exploitation pédagogique


Commentaires  forum ferme

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Fables en échos et résonances poétiques
jeudi 1er avril 2010 à 21h27 - par  sabrina

Bonjour,
Tout d’abord un grand merci pour ce travail si remarquable !
Je suis étudiante à l’IUFM de Carcassonne, et mon exposé de Litt Jeunesse se porte sur les réécritures de fables notament Le corbeau et le renard ! J’ai trouvé dans vos différents articles toute l’inspiration et toute la documentation qu’il me manquait !! Encore un grand merci

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samedi 3 avril 2010 à 14h24 - par  Philippe Rocher

Merci à vous.
Et tant mieux si ce travail a su répondre à vos attentes.

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> Fables en échos et résonances poétiques
jeudi 3 août 2006 à 14h20 - par  isabelle Montplaisir

bonjour, remarquable travail, je prépare une lecture publique sur les Fables, avec les successeurs de la Fontaine, anouilh, bien sûr, Queneau dont j’aime le rire et l’humour... ; Si vous le désirez, je vous envoie une fable
vous plairait-il de correspondre avec une de smes amies qui a écrit et illustré un magnifique recueil de fables africaines ? et n’a pas trouvé d’éditeur
encore merci
Isabelle montplaisir

Logo de isabelle Montplaisir
samedi 5 août 2006 à 16h49 - par  Philippe Rocher

Je ne vois aucun inconvénient à ce ce que vous nous mettiez en contact et je recevrai votre fable avec plaisir. Merci

Logo de Alain aka ginkgo26
> Fables en échos et résonances poétiques
mardi 11 juillet 2006 à 17h50 - par  Alain aka ginkgo26

MERCI pour la générosité que vous montrez à mettre en ligne de tels trésors suscitant questions et enrichissement ! Lecteur du Fabuliste, c’est l’association La Fontaine + orthographe dans Google qui me fait découvrir vos textes. Je vais les imprimer pour les lire sans effort.

Que faire en échange de vos dons ?
Peut-être vous signaler les coquilles (traducteur, je fait aussi beaucoup de relecture) ?
J’en ai vu qqunes lors d’une lecture rapide (la dernière : ’l’importance du texte (en proportion) ne desserre-t-il pas l’ensemble de l’album ? (Notice de Magali Turquin)’.

Avec toute ma gratitude,
Alain aka ginkgo26

Logo de Alain aka ginkgo26
mercredi 12 juillet 2006 à 09h07 - par  Philippe Rocher

Merci beaucoup pour ces remarques. Je relis donc et rectifie.

Logo de Christine Moulin (formatrice IUFM Lyon, centre de Bourg)
> Fables en échos et résonances poétiques
dimanche 25 juin 2006 à 09h31 - par  Christine Moulin (formatrice IUFM Lyon, centre de Bourg)

Bonjour,
Votre site est proprement... fabuleux. Un véritable trésor.
Une suggestion d’écho : "Les fables de mon jardin" de Georges Duhamel.
Merci encore pour votre travail.

Logo de Christine Moulin (formatrice IUFM Lyon, centre de Bourg)
jeudi 24 août 2006 à 14h55 - par  Philippe Rocher

voir aussi à

Logo de Philippe Rocher
mardi 22 août 2006 à 19h57 - par  Philippe Rocher

Je me permets de renvoyer vers votre excellent site que je viens tout juste (vous me le pardonnerez j’espère) de découvrir : http://membres.lycos.fr/chrismoulin/

Logo de Philippe Rocher
dimanche 25 juin 2006 à 11h15 - par  Philippe Rocher

Merci beaucoup à vous pour votre commentaire si encourageant et pour votre sugggestion.