« Je plains les professeurs d’école... » - Pierre Frackowiak

Pierre Frackowiak
samedi 7 mars 2015
par  Jean-Claude ROLLAND
popularité : 2%

Maltraitance ? Désillusion ? Pessimisme ? ...
Pierre Frackowiak met des mots sur les maux ...

Les enseignants du premier degré sont en danger. Leur situation se dégrade de jour en jour et personne ne semble s’en émouvoir.

Maltraitance ? Désillusion ? Pessimisme ? ...
Pierre Frackowiak met des mots sur les maux ...

On reparle ici de la maltraitance des enseignants du 1er degré et de désillusion ...

Extraits d’un texte publié sur le forum du site de Mérieuhttp://www.meirieu.com/FORUM/fracko...

Les enseignants du premier degré sont en danger. Leur situation se dégrade de jour en jour et personne ne semble s’en émouvoir.

Leur souffrance a été terrible au cours des années de destruction sarkoziste de l’école. On en a rarement pris la mesure, à la fois parce que, par peur, par discrétion et par l’histoire d’un corps plutôt docile, elle s’exprime peu, du moins ouvertement, et parce que peu d’experts, ou de prétendus experts, la connaissent.

... les faits sont têtus :

- Il n’y a pas eu de rupture, de changement, de libération, dans la vie des écoles, en 2012. On ne parle pas de refondation dans les écoles. Les rapports d’inspection que j’ai pu lire, venant d’un peu partout en France, ne parlent pas de refondation. C’est la continuité annoncée et revendiquée, même par des DASEN à la rentrée de septembre 2012
- Il n’y a eu aucune mesure pour créer de l’enthousiasme, pour redonner du sens au métier, pour mobiliser l’intelligence collective, pour réduire l’effet descendant systématique et donner une place réelle à l’horizontalité et au sens ascendant non censuré par les étages supérieurs. Aucune mesure pour restaurer la confiance
- Il n’y a eu aucune instruction pour alléger le travail quotidien des enseignants et éviter les charges formelles stressantes et inutiles. On continue à ajouter des disciplines aux disciplines, des parcours, des « éducation à... ». Comme avant. On continue à faire semblant de croire qu’il est possible de tout faire : projet de territoire, projet d’école, socle, programmes, sans rien laisser au fond des tiroirs car les caporaux veillent
- Il n’y a eu aucune instruction pour faire cesser l’autoritarisme et revoir la définition des missions et des pratiques de la hiérarchie
- L’aménagement du temps scolaire a étouffé la refondation.
- La restauration de la formation initiale a été réduite à la restauration de ce que les universités savaient faire, c’est-à-dire à peu près tout sauf de la formation professionnelle donnant toute sa place à la pédagogie.
- Les mesures de réparation des dégâts de la droite sont passées inaperçues pour une majorité des enseignants

Je plains les professeurs d’école qui ont beaucoup souffert, en particulier sous l’ère sarkoziste, qui espéraient du changement avec l’alternance de 2012 et qui, en 2015, malgré les créations de postes et les promesses de nouvelles paperasses pour 2016/2017, n’ont ressenti aucun changement dans leur vie professionnelle. La continuité est désespérante. Le mirage d’une vraie refondation disparaît à l’horizon de 2017.
On a peut-être déjà raté un nouveau grand rendez-vous avec l’Histoire, une chance pour notre République de s’inscrire résolument dans un futur plus démocratique, plus fraternel et plus humain.
Il aura manqué, une fois encore, un peu, beaucoup, passionnément, de courage politique.