Le coq et le renard

lundi 4 avril 2005
par  Philippe Rocher
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LE COQ ET LE RENARD

Sur la branche d’un arbre était en sentinelle

Un vieux coq adroit et matois.
« Frère, dit un renard, adoucissant sa voix,

Nous ne sommes plus en querelle :

Paix générale cette fois.
Je viens te l’annoncer, descends, que je t’embrasse.

Ne me retarde point, de grâce :
Je dois faire aujourd’hui vingt postes sans manquer.

Les tiens et toi pouvez vaquer

Sans nulle crainte à vos affaires ;

Nous vous y servirons en frères.

Faites-en les feux dès ce soir,

Et cependant, viens recevoir

Le baiser d’amour fraternelle.
- Ami, reprit le coq, je ne pouvais jamais
Apprendre une plus douce et meilleure nouvelle

Que celle

De cette paix ;

Et ce m’est une double joie
De la tenir de toi. Je vois deux lévriers,

Qui, je m’assure, sont courriers

Que pour ce sujet on envoie.
Ils vont vite et seront dans un moment à nous
Je descends : nous pourrons nous entre-baiser tous.
- Adieu, dit le renard, ma traite est longue à faire,
Nous nous réjouirons du succès de l’affaire

Une autre fois. » Le galant aussitôt

Tire ses grègues, gagne au haut,

Mal content de son stratagème.

Et notre vieux coq en soi-même

Se mit à rire de sa peur ;
Car c’est double plaisir de tromper le trompeur.

Jean de La Fontaine, Fables, Livres II, 15


SOURCE

Ésope : Le chien et le coq
Pogge : Le coq et le renard


Documents joints

Le coq et le renard
Jean de La Fontaine, Fables, Livres II, 15