Le loup et l’agneau

mercredi 23 mars 2005
par  Philippe Rocher
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LE LOUP ET L’AGNEAU

La raison du plus fort est toujours la meilleure :

Nous l’allons montrer tout à l’heure.

Un agneau se désaltérait

Dans le courant d’une onde pure.
Un loup survient à jeun, qui cherchait aventure,

Et que la faim en ces lieux attirait.
« Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?

Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
- Sire, répond l’agneau, que Votre Majesté

Ne se mette pas en colère ;

Mais plutôt qu’elle considère

Que je me vas désaltérant

Dans le courant,

Plus de vingt pas au-dessous d’Elle ;
Et que par conséquent, en aucune façon,

Je ne puis troubler sa boisson.
- Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l’an passé.
- Comment l’aurais-je fait si je n’étais pas né ?

Reprit l’agneau ; je tette encor ma mère

- Si ce n’est toi, c’est donc ton frère.

-Je n’en ai point. - C’est donc quelqu’un des tiens :

Car vous ne m’épargnez guère,

Vous, vos bergers et vos chiens.

On me l’a dit : il faut que je me venge. »

Là-dessus, au fond des forêts

Le loup l’emporte et puis le mange,

Sans autre forme de procès.

Jean de La Fontaine, Fables, Livre I, 10


SOURCE

Ésope, Phèdre : Le loup et l’agneau


Documents joints

Le loup et l'agneau
Jean de La Fontaine, Fables, Livre I,10