Le renard et la cigogne

vendredi 18 mars 2005
par  Philippe Rocher
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LE RENARD ET LA CIGOGNE

Compère le Renard se mit un jour en frais,
Et retint à dîner commère la Cigogne.
Le régal fut petit et sans beaucoup d’apprêts :

Le galant, pour toute besogne,
Avait un brouet clair (il vivait chichement).
Ce brouet fut par lui servi sur une assiette :
La cigogne au long bec n’en put attraper miette,
Et le drôle eut lapé le tout en un moment.

Pour se venger de cette tromperie,
A quelque temps de là, la cigogne le prie.
« Volontiers, lui dit-il, car avec mes amis,

Je ne fais point cérémonie. »

A l’heure dite, il courut au logis

De la cigogne son hôtesse,

Loua très fort sa politesse,

Trouva le dîner cuit à point.
Bon appétit surtout, renards n’en manquent point.
Il se réjouissait à l’odeur de la viande
Mise en menus morceaux, et qu’il croyait friande.

On servit, pour l’embarrasser,
En un vase à long col et d’étroite embouchure .
Le bec de la cigogne y pouvait bien passer,
Mais le museau du sire était d’autre mesure.
Il lui fallut à jeun retourner au logis,
Honteux comme un renard qu’une poule aurait pris,

Serrant la queue, et portant bas l’oreille.

Trompeurs, c’est pour vous que j’écris :

Attendez-vous à la pareille.

Jean de La Fontaine, Fables, Livre I, 18


SOURCE

Ésope, Phèdre : Le renard et la cigogne
Plutarque : Symposiaques, I, I, 5


Documents joints

Le renard et la cigogne
Jean de La Fontaine, Fables, Livre I, 14